Il faut bien consentir à l'avouer d'emblée, notre admiration sans bornes à l'égard du Moz dût-elle en souffrir, ce nouvel album de Morrissey n'est pas tout à fait à la hauteur des espoirs suscités par son retour en fanfare il y a deux ans. Plusieurs raisons peuvent sans doute être avancées pour expliquer cette impression de ronronnement qui submerge parfois le fan le plus ardent. Une évidence d'abord, dissimulée un temps par les sept années de silence forcé qui avaient précédé la sortie de You Are The Quarry. Malgré toute leur bonne volonté, Boz Boorer et Alan Whyte, com-positeurs attitrés du maître depuis près d'une décennie, n'ont pas les ressources nécessaires pour écrire douze titres forts en moins de deux ans, et ce malgré les efforts conjugués de Tony Visconti ou Ennio Morricone, venus gon-fler à bloc la production de ces nouveaux morceaux. À côté des tubes imparables, le single You Have Killed Me et I'll Never Be Anybody's Hero, Ringleader Of The Tormentors comporte donc son lot de chansons poussives, qui s'es-soufflent parfois à trop vouloir courir après une autoréférence passée (I Will See You In Far Off Places, en faible écho à la puissance de Jack The Ripper). Côté textes, ensuite, on constate paradoxalement que les élans d'aigreur bilieuse et de ressentiment qui animaient la plupart des titres de You Are The Quarry suscitaient finalement davantage d'em-pathie et de frissons que les quelques dévoilements très intimes qui suggèrent ici que le symbole vivant de la frus-tration adolescente a découvert sur le tard les plaisirs d'une sexualité plus active (Dear God, Please Help Me). Pas très à l'aise, forcément, pour témoigner de ses pulsions charnelles enfin assouvies, Morrissey peine à trouver les mots et le ton justes. C'est, en dernier recours, lorsqu'il se confronte aux affres du vieillissement et à sa propre déchéance (On The Streets I Ran) qu'il parvient à renouer avec le registre à la fois pathétique et flamboyant dans lequel il excelle. L'abstinence lui va si bien...