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Live At Earls Court de Morrissey

chronique d'album
Être fan de Morrissey ne dispense pas pour autant de toute honnêteté intellectuelle. À l'occasion du retour sur le devant de la scène, en 2004, de cette ancienne idole de jeunesse disparue de la circulation pendant près d'une décennie, on a eu plusieurs fois l'occasion de s'interroger sur un thème fondamental : qu'est-ce qui distingue vraiment aujourd'hui un concert de Morrissey d'un gala de Frédéric François ou de Franck Michaël ? Mêmes rituels immuables (les glaïeuls, les tee-shirts...), même dévotion aveugle à la star de la part d'un public en délire et qui, bien qu'ayant dans sa très grande majorité dépassé de beaucoup la limite d'âge, se délecte à tomber dans une pâmoison réservée, en principe, aux adolescentes de moins de quinze ans. Et mêmes albums live destinés, avant tout, à servir d'objet souvenir à ceux qui trouvent encore du plaisir à participer à ces cérémonies. Et pourtant, pour peu que l'on ne soit pas devenu hermétique à la grandiloquence sublime et tragique qu'a incarné Morrissey au cours de cette tournée, jusque dans ses attitudes physiques, cet album enregistré à Londres en décembre dernier offre bien plus que de l'anecdote. D'abord pour ces deux hommages inédits à Patti Smith et The New York Dolls (Redondo Beach et Subway Train). Surtout, en juxtaposant les fragments éclatés de son répertoire et en réinterprétant, notamment, cinq chansons de The Smiths, sans jamais sombrer dans le ridicule ou la caricature, Morrissey fait preuve de sa capacité à interpréter ses vieux rôles de manière toujours émouvante, parce qu'il assume, justement, avec ce sens si personnel de l'autodérision ce qu'un tel retour sur son glorieux passé peut avoir de pathétique. Et de magnifique à la fois.
MATTHIEU GRUNFELD
MAGIC RPM  #91
article extrait de :
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