Biographie
Lorsque l'histoire débute enfin, il est presque déjà trop tard pour les deux têtes pensantes de Moose, quasi-trentenaires et dilettantes professionnelles, dont le savoir-faire de songwriter n'a d'égal qu'une certaine propension à tout gâcher…
Kevin J McKillop et Russell Yates se sont rencontrés à la toute fin des années 80 et travaillent dans l’un de ces magasins de disques d’occasions qui émaillent la capitale britannique. Et le groupe, dont le patronyme n’est autre que le surnom officiel de McKillop (dérivé d’une marque de bière canadienne, Moosehead), naît au moment où les années 90 s'éveillent. Concours de circonstances, maquettes aux chouettes vertus, petites amies “influentes” et voilà le tandem sur l’un de ces vrais-faux labels indépendants qui pullulent à l'époque dans la prude Albion, Hut Records. Alors que la presse anglaise – encore influente en ces temps reculés – s'ingénie à fonder un mouvement baptisé shoegazing (les musiciens regardent leurs chausses en jouant, d’où le nom), également regroupé sous la bannière de The Scene That Celebrates Itself (pour résumer, ils sont tous copains, de My Bloody Valentine à Ride, de Chapterhouse à Lush, en passant Slowdive), Moose – adepte de la formation fluctuante (quatuor, trio, duo, quintette et vice-versa) – joue le jeu, et connaît même un certain succès avec ses premiers maxis (1991), Jack et Suzanne, où nos garçons dissimulent sous une distorsion scintillante des chansons dignes de ce nom. Mais Yates et McKillop ont déjà en tête leur grand œuvre. Sur leur troisième Ep, Reprise, ils tombent d’ailleurs en partie les masques, en offrant une ballade extatique au dépouillement ravissant, This River Will Never Run Dry. Et les garçons enfoncent le clou en enregistrant dans la foulée un premier album épatant, …XYZ, où ils décident de marier country et mélancolie bleue, de reprendre Forever Changes de Love en se faisant passer pour AR Kane. Et ils y arrivent, les bougres. Mais trop en avance sur son temps, à une époque où on ne jure que par le grunge et où le monstre britpop montre ses griffes, Moose récolte quelques bonnes chroniques mais des ventes riquiqui. Hut remercie ses protégés sans autre forme de procès. Qu'importe. Ces grands “romantiques”, amourachés de la France, de jolies filles, de cinéma et de grandes chansons artisanales, sont prêts à assumer le statut de formation culte, à l'instar de leurs compatriotes The Pale Fountains ou Felt (comme ça, là, au hasard) .
S'ensuivent deux albums magistraux (Honey Bee et Live A Little Love A Lot), quelques concerts chaotiques mais éminemment inoubliables (au débotté, à Brest et à Paris en 1993, à Marseille en première partie des Cocteau Twins en 1996, à nouveau dans la ville lumières, la même année), avant que McKillop et Yates ne décident de jeter en partie l'éponge. En partie, car avant la fin du XXème siècle, ils enregistrent cahin-caha un quatrième Lp, High Ball Me!, qui verra le jour en l'an 2000 sur une micro-structure américaine. Depuis, c'en est bien fini des aventures extraordinaires de Moose, groupe aux ramifications multiples, témoin et surtout passeur, guide au talent magnifique ayant permis à beaucoup de (re)découvrir Love et Elvis, Cocteau Twins et Burt Bacharach, American Spring et Laura Nyro, Colourbox et Fred Neil, Wire et Bobbie Gentry. Pour résumer (et pour ceux qui n'auraient pas compris) : un groupe rare.