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Selectorama - 14/02/11 de Mogwai

interviews
Contrairement à la prophétie à la fois funeste et ironique qui tient lieu de titre à son septième album, Mogwai affiche une santé de fer. Après quinze ans d’activisme bruitiste et climatique, les Écossais confirment leur règne sans partage. À l’occasion de la sortie de Hardcore Will Never Die, But You Will, ils livrent leurs influences classiques et dévoilent des pêchés mignons plus inattendus.[Interview Matthieu Grunfeld].

The Velvet Underground - Heroin

Stuart Braithwaite (chant, guitare) : C’est l’une des toutes premières chansons que j’ai apprise à jouer à la guitare. J’étais très jeune et ce morceau m’est apparu si différent de tous ceux que j’avais entendus jusque-là. Je n’écoutais que de la pop ou du rock très classique, et Heroin avait un côté tellement effrayant et fascinant. L’utilisation du feedback, le violon lancinant de John Cale, les paroles très subjectives, écrites du point de vue du junkie : tout cela a complètement transformé mon point de vue sur la musique et la vie en général. On retrouve d’ailleurs un peu de cette influence sur Too Raging To Cheers, l’une des plages de Hardcore Will Never Die, But You Will. Notre ami Luke Sutherland est passé nous rejoindre en studio, et c’est lui qui a eu l’idée de jouer du violon.

Black Sabbath - War Pigs

SB : C’est simplement un super morceau de heavy metal. Nous connaissions tous Black Sabbath depuis très longtemps, mais de manière assez superficielle. Curieusement, nous n’avons commencé à écouter attentivement leurs premiers albums qu’assez récemment. Bien après la création du groupe, en tout cas.
Dominic Aitchison (guitare) : C’était pendant l’une de nos tournées, au début des années 2000. Nous n’avions plus rien à écouter dans le bus et nous avons acheté une vieille cassette d’occasion dans une station-service. Et tous les jours, nous avions droit à notre petite dose de Black Sabbath. Parfait pour se réveiller après une nuit un peu trop courte. (Rires.)
SB : Je crois que c’est finalement assez logique. Après tout, nous avions été influencés préalablement par des groupes qui étaient eux-mêmes des fans de Black Sabbath, comme Nirvana, Mudhoney ou même Joy Division.

Neu! - Hallogallo

SB : Encore une découverte assez tardive. En fait, il était pratiquement impossible de trouver des albums de Neu! jusqu’à ce qu’ils soient réédités en CD, en 2001. Je me souviens qu’un ami m’avait passé un ou deux titres auparavant sur une mixtape, mais c’est tout. Quelle claque ! Et Hallogallo est un morceau hallucinant. Un genre de techno préhistorique, bien avant que la techno soit inventée. Le sens de la répétition et le jeu de batterie de Klaus Dinger : cela reste tellement moderne, trente ans après.
DA : Mexican Grand Prix, qui figure sur notre nouvel album, est un hommage très direct à Neu! et, plus particulièrement, à Dinger. Cela fait des années que nous supplions Martin Bulloch, notre batteur, d’essayer de jouer ce rythme si caractéristique, et jusqu’à présent, il avait toujours refusé. Pourquoi ? C’est son caractère ! Quand on lui demande quelque chose, il a tendance à faire exactement l’inverse. (Rires.) Mais il a fini par accepter. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer.

The Cure - Faith

SB : Le classique des classiques ! Là, pour le coup, c’est vraiment le tout premier groupe dont j’ai été fan, de manière absolument inconditionnelle. Et Faith est mon album préféré, à la fois terrifiant et apaisé. J’adore la manière dont les lignes mélodiques se superposent et s’entrecroisent à l’intérieur d’une même chanson, notamment sur ce titre. La structure des compositions de Robert Smith est toujours extrêmement intelligente, toujours très bien organisée avec ces longues introductions instrumentales qui plantent le décor. C’est exactement cette approche de la musique que nous avons décidé de privilégier au départ, lorsque nous avons créé Mogwai, et qui nous inspire encore aujourd’hui.

A Guy Called Gerald - Voodoo Ray

SB : Je devais avoir dix ou onze ans lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la musique et je regardais souvent The Chart Show, une émission qui passait sur Channel 4 à la fin des années 1980. C’est là que j’ai entendu Voodoo Ray. Je crois que j’appréciais tout particulièrement l’éclectisme de la programmation, le fait qu’il n’y ait ni chapelle, ni frontière entre les genres : on pouvait très bien voir jouer un groupe très indie et, juste après, A Guy Called Gerald. J’ai toujours été assez déconcerté par les gens qui n’écoutent qu’un seul style de musique ou dont tous les artistes préférés se ressemblent : ça doit être assez ennuyeux. À l’époque, je ne connaissais rien à la culture rave et j’étais bien trop jeune pour traîner dans les clubs. J’ai apprécié ce titre sans a priori et uniquement sur un plan musical. Ce qui m’a tout de suite plu, un peu comme pour The Cure, c’est le mélange et la superposition de plusieurs mélodies différentes, même s’il s’agit ici probablement de samples.
MAGIC RPM  #149


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