Solliciter Mogwai pour composer la musique de ce film conçu par Douglas Gordon et Philippe Parreno, venus de l'art contemporain, résulte sans doute d'une idée précipitée dans son évidence : entre appréhension orageuse, délitements énigmatiques et montées en puissance, les enregistrements du groupe écossais seraient censés se calquer sur les différentes étapes d'un match. Mais, ivre d'expérimentation, le tandem se fiche du sport, voire de la musique, et s'occupe surtout à découper le corps de la vedette dans un espace abstrait, avec une netteté permise par la haute définition d'un équipement onéreux, pour tendre à une pureté forcément équivoque dès que sport et cinéma sont associés. Il s'imagine dans un western, gaussé d'une démarche esthétique qui devrait impressionner ceux qui n'ont jamais regardé un seul match de football. Heureusement, Mogwai ne se contente pas de jouer les pénultièmes Ennio Morricone du post-rock et tente, durant les soixante-quinze minutes de cette BOF, de se départir d'une funeste impression de solennité. Très proche des moments les plus assagis de Happy Songs For Happy People (le single Black Spider multiplie aussi les citations au classique Helicon 2, avec les tunnels de Carnage Visors de The Cure dans le rétroviseur), le groupe maintient l'intérêt au travers de sa lutte contre un académisme chic dont il a déjà pu mesurer les écueils tout au long de sa carrière. S'il en a triomphé avec Mr Beast, musiciens et embaumeurs élitistes de l'art contemporain nouent assurément des liaisons dangereuses. Alors, prudence à l'avenir.