(Excellente) musique de
film aidant, on a souvent rapproché Mogwai de Zinedine Zidane : même style de jeu
raffiné, même fureur imprévisible, même discrétion monastique. Il est vrai que
la pratique de l’art pour l’art (ici la musique instrumentale, sans surplus de
textes inutiles) constitue une façon d’aborder le combo de Glasgow.
Comme le
célèbre numéro 10, la posture créative du groupe s’explique avant tout par des
raisons objectives, à savoir une timidité presque maladive devenue le cachet
inimitable de la production d’une aura. On le confirmera en retenant d’emblée
les huit minutes de Scotland’s Shame,
véritable clef de voûte de The Hawk Is
Howling. Un morceau embrumé qui
prend lentement son essor pour laisser finalement entrevoir, sans qu’il ne
s’échappe vraiment, le potentiel d’une énergie latente. Plus largement, on doit
faire le constat de l’instabilité de ce nouvel album, qui révèle une double
fragilité : dans les compositions, à la fois atmosphériques et énervées (The Precipice, I Love You I’m Going To Blow
Your School Out), et dans le son, qui met de côté les distorsions heavy des
guitares rythmiques de Mr Beast
(2006) pour retrouver la finesse des arpèges mêlés aux bourrasques saturées de
la période précédente, celle du shoegazing.
Ces caractéristiques de fond mises à part, on doit relever deux éléments qui
ont enflammé les blogs dès le mois de
juillet. Le premier concerne The Sun
Smells Too Loud, extrait singulier de l’album laissé en pâture aux fans et
qui officialiserait le virage krautrock d’un Mogwai ayant cannibalisé Neu!… Le
morceau en question est en réalité plus proche d’un hommage au label Too Pure
du début des années 90, qui alliait alors beats répétitifs, gimmicks mélodiques
et courtes séquences synthétiques. Le second débat s’est focalisé autour de la
pochette de The Hawk Is Howling, qui est un portrait figuratif et coloré d’une
tête de faucon. Or, on ne sait toujours pas si cette image révèle un mauvais
goût affirmé des musiciens ou bien s’il s’agit d’un happening d’art
contemporain sous forme d’attentat visuel.
En restant dans le registre des
comparaisons aux figures footballistiques, on pourrait dire qu’Éric Cantona
résume également avec pertinence la posture de Mogwai. Derrière les shows dans
les stades anglais, il incarnait une démarche à la fois mystique et poétique,
parfois vaine mais toujours empirique. Donc authentique.