Comme une armée des ombres qui serait prise à ses propres pièges, Mogwai a tiré les leçons du semi-ratage que fut Happy Songs For Sad People, qui n'était pas un mauvais disque, mais tellement empêtré dans une formule qui peinait à impressionner. Mr Beast vient remettre les pendules à l'heure. Tels des fantassins qui, profitant d'une accalmie pour faire l'inventaire, les Écossais ont eu le temps nécessaire pour démonter et remonter leurs armes, graisser les mécaniques et faire le plein de munitions. Ce sont les mêmes dynamiques d'action, le même plan de combat, mais dès le coup de semonce (Auto Rock), on sent que la première charge va être aussi meurtrière que directe. Glasgow Mega-Snake est de ces morceaux offensifs qui prennent du plaisir à tuer, et de réduire l'ennemi non pas à l'état de cadavre, mais bien à celui de charpie. L'autre bataille qu'a su livrer Mogwai est celle contre son apathie créative sur les morceaux plus lents, pour se défaire du sceau infa-mant du maréchal Robert Smith, créer sa propre dynamique, et retrouver une esthétique personnelle. La finesse et la beauté d'Acid Food, assez proche des premiers albums de Felt, la luminosité d'une nuit de pleine lune de Team Handed et d'Emergency Trap prouvent que ce retour est synonyme de résurrection. L'album s'achève comme il a commencé, sur un énorme coup de semonce. La crosse luisante de Folk Death 95 et l'obscurité inquié-tante de I Chose Horses annoncent l'assaut final, intitulé We Are No Here. En moins de six minutes, tout est dit. Là, toute résistance est littéralement anéantie, et Stuart Braithwaite et ses hommes sont redevenus aussi toxiques qu'aux premiers jours, pouvant remonter sur leur trône, toute honte bue, en vainqueurs absolus.