C’est une évidence à l’écoute de l’ouverture en fanfare du cinquième album de Modest Mouse : les semi-vétérans américains devraient bénéficier à bloc d’un effet Arcade Fire qui pourrait propulser leur pop foutraque et généreuse sur les platines des kids du monde entier. Histoire de s’assurer du soutien de leurs parents, Modest Mouse compte aussi un nouveau membre en la personne du demi-Dieu Johnny Marr, guitariste de The Smiths et Electronic, qui éclaire We Were Dead Before The Ship Even Sank de son jeu absolument éblouissant et coécrit l’ensemble des titres. D’où la puissance mélodique impressionnante de Florida, People As Places As People ou Dashboard, un tube électrisant : rythmique déchaînée, guitare rythmique tranchante, cuivres et cordes baroques, performance habitée du fou chantant Isaac Brook. Et pour enfoncer le clou sur son flanc pop, le quintette a embauché le chanteur de The Shins, James Mercer, sur deux morceaux diaboliques : ses interventions sur le génial Missed The Boat et le bondissant We’ve Got Everything font monter la température de plusieurs degrés. En l’occurrence, on approche souvent les 55 degrés d’un bon vieux rhum des îles, carburant de chansons à boire éructées par un groupe qui évoque volontiers un gang de pirates claudicants (March Into The Sea, Fly Trapped In A Jar). Les membres de Modest Mouse sont des vieux briscards, qui ont truffé toutes leurs chansons jusqu’aux moins convaincantes de gimmicks et de riffs qui les rendent imparables. Et leur coup de génie reste d’avoir rallié le requin de studio Johnny Marr, prise de choix qui transforme We Were Dead Before The Ship Even Sank en grand disque à guitares. Elles tranchent, carillonnent, incendient ou matraquent et ne devraient laisser personne indifférent.