Les albums de
Miossec se suivent et ne se ressemblent pas. Ou si peu. N’en déplaise à
l’intéressé, toujours prompt à descendre son troisième Lp, mais Boire (1995),
Baiser (1997) et A Prendre(1998) constituent une indépassable trilogie
de la vie amoureuse : le célibat, le couple et la rupture en tiercé même
pas gagnant. Et le reste n’est pas de la bricole : l’attachant Brûle(2001)
en album de transition avant le chef-d’œuvre1964(2004), symphonie
aussi casse-gueule sur le papier que bluffant entre les esgourdes, ont achevé
de placer Miossec sur le podium de la chanson franc-tireuse. Puis il y eut L'étreinte
(2006), seul et unique album décevant à ce jour. En dépit de ce faux-pas, on
garde le Finistérien en haute estime. Sa petite boutique regorge de trouvailles
stylistiques et musicales. Et le patron, assoiffé de nouvelles collaborations
(de Guillaume Jouan aux ex-Valentins, de Mathieu Ballet à Joseph Racaille)
surprend toujours sa fidèle clientèle.
Attendue au tournant, cette collaboration avec Yann Tiersen tient toutes ses promesses. Il s’agit de retrouvailles pour ces deux grands timides, qui s’étaient déjà croisés, à Ouessant, pour un album de Tiersen intitulé… Les Retrouvailles (2005), justement. Composées à quatre mains, ces chansons sont le fruit d’un travail de longue haleine, Miossec envoyant à Tiersen des bribes de mélodies (sur une corde ou quelques touches) que ce dernier s’est chargé de mettre en forme. Et le résultat coule de source. On tangue entre délicatesse (guitares chancelantes, mélodies chétives) et épaisseur (voix en écho, rythmiques massives). À presque quarante-cinq ans, un peu apaisé, Miossec n’en est pas pour autant ramolli, et n’envisage pas les sentiments autrement qu’exacerbés, confondant allègrement amour et haine (la bancale Haïs-Moi, la remuée Nos Plus Belles Années) ou s’épanchant sur des ruptures douloureuses (À Montparnasse, Seul Ce Que J’ai Perdu). D’autres constantes de l’auteur de La Fidélité sont au rendez-vous : Les Joggers Du Dimanche, tout comme autrefois Évoluer En 3ème Division ou Le Critérium, mêle considérations sportives et sentimentales autour du footing qui, malgré un malaise vagal en forme de fausse joie, reste un sport populaire.
Certainement pas porte-drapeau, le candidat municipal à Locmaria-Plouzané n’a jamais rechigné à traiter de politique, avec une légèreté empreinte de gravité. Les Chiens De Paille, moins Drieu La Rochelle que Peckinpah, ou encore CDD évoquent le triste sort de la classe ouvrière. Plus loin, le Brestois s’est peut-être souvenu de ses portraits dans Ouest-France pour écrire Jésus Au PMU, taché d’un humour acide et d’une sacrée tendresse, pas loin des frères Coen ou d’Ettore Scola. Moins crue qu’auparavant, l’écriture possède toujours quelques balises, tels ces vers en points d’interrogation, ou ces mots déjà entendus ailleurs (“Brique par brique, pierre par pierre”, au hasard). Radotage ? Certainement pas. Mais la marque d’un style. Cette réussite se conclut en douceur avec Une Fortune De Mer, au refrain lancinant et lacanien (“Esther, Est-ce terre ?”) posée sur quelques notes de pianos, une guitare grave et quelques caresses de cymbales. Ou comment le discret Yann Tiersen, à force d’arrangements épurés et de percussions nuageuses, parvient à épouser le parlé-chanté rocailleux de ce “tendre granit”, comme l’avait qualifié le regretté Alain Bashung. Un Bashung qui n’aura jamais chanté Fermer La Maison.
Et dont l’ombre, ce serait trop simple, ne plane pas sur ce disque : Miossec crée sa propre voie, sa “petite zone marécageuse”. Ce qu’il défriche, il le remblaie immédiatement derrière lui. Mais finalement, pourquoi Finistériens ? Peut-être pour ces chemins de terre traversés ensemble par les deux Bretons, pour ce phrasé escarpé, façon sentier des douaniers, pour cette chanson pas tout à fait française. Et peut-être, aussi, pour faire parler les scribouillards. Qui attendent la suite avec une impatience renouvelée. Miossec n’avait-il pas évoqué, un jour, son souhait de travailler avec Alan Stivell ?
Attendue au tournant, cette collaboration avec Yann Tiersen tient toutes ses promesses. Il s’agit de retrouvailles pour ces deux grands timides, qui s’étaient déjà croisés, à Ouessant, pour un album de Tiersen intitulé… Les Retrouvailles (2005), justement. Composées à quatre mains, ces chansons sont le fruit d’un travail de longue haleine, Miossec envoyant à Tiersen des bribes de mélodies (sur une corde ou quelques touches) que ce dernier s’est chargé de mettre en forme. Et le résultat coule de source. On tangue entre délicatesse (guitares chancelantes, mélodies chétives) et épaisseur (voix en écho, rythmiques massives). À presque quarante-cinq ans, un peu apaisé, Miossec n’en est pas pour autant ramolli, et n’envisage pas les sentiments autrement qu’exacerbés, confondant allègrement amour et haine (la bancale Haïs-Moi, la remuée Nos Plus Belles Années) ou s’épanchant sur des ruptures douloureuses (À Montparnasse, Seul Ce Que J’ai Perdu). D’autres constantes de l’auteur de La Fidélité sont au rendez-vous : Les Joggers Du Dimanche, tout comme autrefois Évoluer En 3ème Division ou Le Critérium, mêle considérations sportives et sentimentales autour du footing qui, malgré un malaise vagal en forme de fausse joie, reste un sport populaire.
Certainement pas porte-drapeau, le candidat municipal à Locmaria-Plouzané n’a jamais rechigné à traiter de politique, avec une légèreté empreinte de gravité. Les Chiens De Paille, moins Drieu La Rochelle que Peckinpah, ou encore CDD évoquent le triste sort de la classe ouvrière. Plus loin, le Brestois s’est peut-être souvenu de ses portraits dans Ouest-France pour écrire Jésus Au PMU, taché d’un humour acide et d’une sacrée tendresse, pas loin des frères Coen ou d’Ettore Scola. Moins crue qu’auparavant, l’écriture possède toujours quelques balises, tels ces vers en points d’interrogation, ou ces mots déjà entendus ailleurs (“Brique par brique, pierre par pierre”, au hasard). Radotage ? Certainement pas. Mais la marque d’un style. Cette réussite se conclut en douceur avec Une Fortune De Mer, au refrain lancinant et lacanien (“Esther, Est-ce terre ?”) posée sur quelques notes de pianos, une guitare grave et quelques caresses de cymbales. Ou comment le discret Yann Tiersen, à force d’arrangements épurés et de percussions nuageuses, parvient à épouser le parlé-chanté rocailleux de ce “tendre granit”, comme l’avait qualifié le regretté Alain Bashung. Un Bashung qui n’aura jamais chanté Fermer La Maison.
Et dont l’ombre, ce serait trop simple, ne plane pas sur ce disque : Miossec crée sa propre voie, sa “petite zone marécageuse”. Ce qu’il défriche, il le remblaie immédiatement derrière lui. Mais finalement, pourquoi Finistériens ? Peut-être pour ces chemins de terre traversés ensemble par les deux Bretons, pour ce phrasé escarpé, façon sentier des douaniers, pour cette chanson pas tout à fait française. Et peut-être, aussi, pour faire parler les scribouillards. Qui attendent la suite avec une impatience renouvelée. Miossec n’avait-il pas évoqué, un jour, son souhait de travailler avec Alan Stivell ?