“Pourquoi
les chansons parlent-elles toujours d’amour/C’est une chose inabordable”, s’étonnait Miossec au cours de Pourquoi
? Parce Que ! (Brûle, 2001). Le chansonnier au regard iroise a
souvent été cantonné au rôle du romantique revêche et ingérable, mais une autre
thématique irrigue son œuvre : le temps qui file. Pour s’en convaincre, se
replonger dans Brest, La Vieille, Trente Ans, Seul Ce
Que J'ai Perdu, En Quarantaine, Ça Sent Le Brûlé… Ces Chansons Ordinaires témoignent
encore de cette angoisse, de ce moteur. Miossec évoque les ambitions perdues
(le single Chanson Pour Les Amis) s'en prend au chronomètre (“Comme
le temps passe/Et comme il nous abîme”, in Chanson Qui Laisse Des Traces), et déplore la
déchéance trop banale durant Chanson Pour Un Homme Couvert De Femmes.
Clin d’œil à un passé sépia, les intitulés renouent avec le répertoire
d’avant-guerre. On y croise André Gide dès l’ouverture, mais aussi Henri Garat
(“Avoir
un bon copain”, sur la vacharde Chanson Sympathique). On
pense aux ingénieuses Nouvelles En Trois Lignes de Félix Fénéon (la
désabusée Chanson D’Un Fait Divers) et à Drieu La Rochelle (la délicate Chanson
Pour Un Homme Couvert De Femmes).
Drieu, auteur maudit autour duquel Miossec tournait depuis longtemps déjà (Gilles, Les Chiens De Paille). Le décor début de siècle est posé. Mais pas question pour ce parolier courtisé de pleurer sur sa montre en regrettant le bon vieux temps. Au contraire. Épaulé par des musiciens rennais débauchés à… Dominique A, le Brestois joue avec les nerfs et l’électricité. Les six-cordes bouillonnent (Chanson D’un Fait Divers), citent My Bloody Valentine (les distorsions torturées de Chanson Pleine De Voix), ou s’étranglent avant de sombrer en mer (Chanson Pour Un Homme Couvert De Femmes). Le tout servi par la production brute et pleine de reliefs de Dominique Brusson (ingénieur du son historique de Dominique A, déjà à l’œuvre sur Finistériens, 2009). Avec de tels alliés, Miossec sublime les tentatives pop de L’Étreinte (2006), comme en témoignent les chœurs de Chanson Dramatique ou Chanson Que Personne N’Écoute.
Puis signe tout simplement l’une de ses plus belles pièces : Chanson Du Bon Vieux Temps fleure bon le Paris gouailleur, les braqueurs qui ont de l’honneur et les putes au grand cœur. Mais calée sur une rythmique binaire et armée d’un texte habilement équivoque (on vous laisse découvrir la pirouette finale), elle écorche l’aseptisation ambiante et plombe la triste chanson néo-réaliste. Sans sombrer dans la nostalgie facile, ni dans le jeunisme ridicule, émanent finalement de ces Chansons le recul et la sérénité d’un vieil homme. Oh, de toute façon, le Finistérien n’a jamais chanté l’insouciance de la jeunesse ni l’espoir de jours meilleurs. Pour nous, Miossec était né à l’âge de trente ans, un beau jour de 1995. Le reste, le printemps (noir) des jeunes années, les années parisiennes et les mois réunionnais n’étaient que littérature. Aujourd’hui, ces Chansons Ordinaires forment en quelque sorte le bilan d’une vie sinueuse. Et de quinze ans de chansons, aussi. Pourvu que ça dure.
> Écoutez Chansons Ordinaires sur Deezer.
Drieu, auteur maudit autour duquel Miossec tournait depuis longtemps déjà (Gilles, Les Chiens De Paille). Le décor début de siècle est posé. Mais pas question pour ce parolier courtisé de pleurer sur sa montre en regrettant le bon vieux temps. Au contraire. Épaulé par des musiciens rennais débauchés à… Dominique A, le Brestois joue avec les nerfs et l’électricité. Les six-cordes bouillonnent (Chanson D’un Fait Divers), citent My Bloody Valentine (les distorsions torturées de Chanson Pleine De Voix), ou s’étranglent avant de sombrer en mer (Chanson Pour Un Homme Couvert De Femmes). Le tout servi par la production brute et pleine de reliefs de Dominique Brusson (ingénieur du son historique de Dominique A, déjà à l’œuvre sur Finistériens, 2009). Avec de tels alliés, Miossec sublime les tentatives pop de L’Étreinte (2006), comme en témoignent les chœurs de Chanson Dramatique ou Chanson Que Personne N’Écoute.
Puis signe tout simplement l’une de ses plus belles pièces : Chanson Du Bon Vieux Temps fleure bon le Paris gouailleur, les braqueurs qui ont de l’honneur et les putes au grand cœur. Mais calée sur une rythmique binaire et armée d’un texte habilement équivoque (on vous laisse découvrir la pirouette finale), elle écorche l’aseptisation ambiante et plombe la triste chanson néo-réaliste. Sans sombrer dans la nostalgie facile, ni dans le jeunisme ridicule, émanent finalement de ces Chansons le recul et la sérénité d’un vieil homme. Oh, de toute façon, le Finistérien n’a jamais chanté l’insouciance de la jeunesse ni l’espoir de jours meilleurs. Pour nous, Miossec était né à l’âge de trente ans, un beau jour de 1995. Le reste, le printemps (noir) des jeunes années, les années parisiennes et les mois réunionnais n’étaient que littérature. Aujourd’hui, ces Chansons Ordinaires forment en quelque sorte le bilan d’une vie sinueuse. Et de quinze ans de chansons, aussi. Pourvu que ça dure.
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