A Lire
The French Machine
archive mag juin 2008
Soyez le premier à réagir
Attention, grosse
claque ! Entre Blue Monday
(1983) et Flashdance (1984),
le premier disque de Minitel Rose est une perle de musique de danse
hypertextuelle pour mélomanes pop modernes. Clairement localisées dans
l’imaginaire du milieu des années 80, les compositions des trois de la Côte
Ouest hexagonale jouent des coudes pour se faufiler dans la famille des œuvres
françaises crossover aux côtés de United (2000) de Phoenix, Sexuality (2008) de Sébastien Tellier ou encore
Discovery (2001) de Daft
Punk. Avant même de poser le disque sur la platine, on est frappé par l’impact
que procure la pochette. À commencer par le nom du groupe qui renvoie aux
aspects à la fois précurseurs et has been de la technologie hexagonale (le Minitel), mais
aussi aux usages populaires et décalés que la majorité des utilisateurs en
firent (le Minitel Rose). Le sexe moteur de l’action humaine. S’ensuit le titre
du disque, The French Machine, qui permet d’emblée de positionner le trio
nantais dans une perspective internationale. En effet, il en émane une image du
Français qui doit plus à Walt Disney qu’à Jean-Paul Sartre. Chantant en anglais,
ils ressemblent aux jeunes froggies branchés de la jet set parisienne, ou pour le moins, de l’image que
s’en ferait un Américain moyen. À tout cela s’ajoute la pertinence du graphisme
(dont les côtés usés de la pochette selon le modèle des vinyles trouvés dans les
vides greniers) à situer entre un Klaus Schulze période pré-new age et les
groupes de hard rock de la vague glam californienne pour le logo. Un
détournement du Too Fast For Love de Mötley Crüe à la façon de Second Rate aurait
pu parfaitement coller ! Mais laissons ces suggestions, car Minitel Rose est
loin d’être à court d’idées. À peine remis de ces traumatismes visuels,
l’auditeur se prendra en effet en pleine face une poignée de morceaux concis et
ultra-efficaces. When I Was Punk propose des riffs de synthés inspirés de New
Order et de Metallica qui épousent une phrase leitmotiv “It was Saturday
night, and I was drunk”. Au
moins la moitié des titres est une salve de tubes portés par une voix précieuse
aussi proche de Dave que de Dead Or Alive, entraînant Minitel Rose dans une
hype queer voisine de Xiu
Xiu (Business Woman,
Continue). Les chœurs graves
rappellent davantage la période dorée de Depeche Mode
(Elevator). Nostalgiques
d’une époque qu’ils n’ont même pas connue, les musiciens de Minitel Rose ont été
influencés par les bandes-son de séries télévisées comme K
2000 ou L’Agence Tous
Risques. Bercés aux techniques
de recyclage du hip hop, ils en ont peu gardé les formats esthétiques, à part
peut-être sur Magic Powder
qui utilise quelques accents electro funk cousins de Break Machine. La RGHM
(révision générale de l’histoire de la musique) est en
marche.
Gérôme Guibert
article extrait de :
MAGIC RPM #121
Commentaires
Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :