Deux disques viennent à point nommé rappeler qu'après tout, la musique expérimentale s'est longtemps exprimée en France de manière très organique, avec une humanité bien éloignée des thèses musicales égrenées le long des campus prestigieux... Mils signe un premier album fait d'improvisations reconstruites, un peu comme le faisait Can, un peu comme le font beaucoup de groupes aujourd'hui. Le brio, l'éclat et la saveur en plus. Ici, tout est tourné vers une musique qui donne l'impression de fonder une ethnicité nouvelle. Ce quatuor reprend les racines du jazz, de l'électronique et en fait des chants de muezzin autrement plus joyeux et efficaces que les faux derviches tourneurs de l'internationale postnew-wave. Comme si Rennes se trouvait en pleine Casbah, au milieu d'un New York universalisé. Achetez ce disque, ainsi que la Trilogie De La Mort d'Eliane Radigue, ancienne collaboratrice de Pierre Henry et, surtout, reniée par ce dernier, dès les années 70, pour cause de minimalisme outrancier. C'est dire ! Ce triple Cd, sorti aux USA où elle semble plus appréciée que par ici, offre des textures qui durent des heures, et Eliane Radigue assume subtilement les variations d'une musique qui vous emplit, entoure et pénètre tel un aliment reconstituant, revigorant l'être tout en escaladant des Everest soniques. Ne parlez pas d'ambient, on est ici au coeur de la musique, c'est-à-dire de la vie. Mils, Eliane Radigue, trilogie de la mort ? Dédoublement de la vie.