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The Desert Of Shallow Effects de Miles Kurosky

chronique d'album
Ah, chers amis de la balle, c’est un petit événement auquel nous allons assister. À quarante minutes de la fin du temps réglementaire, après avoir été éloigné des terrains pendant des années pour une blessure à l’épaule qui lui valut de passer sur le billard à plusieurs reprises, Miles Kurosky, le meneur de jeu virtuose des offensifs Beulah, fait son retour sur le pré pop. Il rentre en jeu tranquillement avec Notes From The Polish Underground. Acoustique et voix franches, refrain grouillant de gris-gris cuivrés, ritournelle expressive qui caresse le cuir du cœur : l’homme apparaît en bonne forme après une longue indisponibilité, et si les cicatrices rôtissent encore, l’artiste les dribble par la parole. Mais attendez, bordel à queue, Miles accélère dès sa deuxième offrande ! An Apple For An Apple… Les intonations deviennent plus combatives, il fait enrager les guitares comme s’il devait mystifier tous les cow-boys du saloon, et retrouve les automatismes avec l’ancien partenaire Eli Crews.

L’alchimie ravivée se confirme sur l’action suivante, Dead Language Blues, où l’on jurerait entendre évoluer le Beulah de la belle époque, celle d’une pop en technicolor illuminée par des flashs d’affection. Ça tricote, ça tricote, et boum badaboum : Miles décoche I Can’t Swim. La patate sur la transversale envoie tout valdinguer lors d’un final dynamite qui respecte avec minutie les schémas d’étincelles phosphorés au centre de formation Elephant 6. Après une telle chevauchée, les passes en retrait s’imposent. She Was My Dresden, puis plus tard Housewives And Their Knives, trésor de flatterie mélodique susurrée par une orchestration divine. Après avoir laissé son capitaine reprendre son souffle, l’équipe de vingt-sept musiciens (pas très réglementaire) assaille la cage adverse. Pink Lips, Black Lungs, The World Won’t Last The Night, Dog In The Burning Building

Nom d’une bite en bois ! Les passes redoublent comme les actions de classe, les cuivres surenchérissent lorsque les volts nonuplent, le rythme décélère puis se fait catapulter par des arrangements qui s’affinent à une touche en mettant des vents aux cordes. Très peu de déchets dans le jeu, c’est la régalade, du songwriting acrobatique, Olive Et Tom appliquée à la note. Vient l’heure de vérité, quand tout ralentit autour. Posté dans la surface de réparation, Miles rassemble ses dernières forces, jauge la distance, remonte son col et enroule West Memphis Skyline. Trajectoire montante, une mignardise de l’intérieur qui termine en boulet de canon. “Nothing in this world really matters/Except the sound of my own heart’s patter”. But de Kurosky à la dernière minute, Beulah l’emporte 5 à 0.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #141


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