Biographie
Il aura fallu croquer une avalanche de gâteries estampillées Modular pour comprendre que l’Australie, jusqu’ici la tête à l’envers en matière de pop (excepté son plus bel export, la très spéciale K), squatterait durablement les platines au Nord de l’Équateur. Si l’on remercie le label d’avoir instillé du poison dans les circuits electro de ses marmots, et ainsi présidé au destin de Midnight Juggernauts, les regards se tourneront plutôt vers la France en termes de parrainage sonore. Impossible, à l’écoute de ses météorites atmosphériques, de ne pas sortir la machine à comparaison : Justice pour le groove déchiré, M83 pour les escapades oniriques, Daft Punk pour les pilonnages discoïdes – “Tout le monde veut chanter comme un robot au moins une fois dans sa vie”, déclarait très joliment Vincent (claviers) à propos du vocoderisé Tombstone. Heureusement, l’histoire d’amour est plus que réciproque. Quelques mots des héros de la D.A.N.C.E, improvisés attachés de presse de luxe, ont suffi pour canaliser l’attention sur ce trio en devenir, lancé sur la piste aux étoiles en 2006 avec un doublé gagnant de Ep’s, Raised By Wolves et Secrets Of The Universe. Pourtant, malgré une tournée américaine avec Justice, une affinité évidente avec la génération fluokids et l’admiration avouée de saint Pedro Winter, son album Dystopia, sortià l'été 2007 en Australie, a attendu le début d'année 2008 pour voir le jour dans nos contrées. Prisés pour leurs remixes (!!!, Electric Six, The Presets) et leurs énergiques premières parties (Scissor Sisters, Digitalism, MSTRKRFT), ces “poids lourds de la nuit” tracent tranquillement leur route. Space age, BO de films d’horreur et circonvolutions psyché constellent l’imaginaire sonore de leur remarquable Ovni electroïde, né de trois caractères distincts. “Daniel veut de la pop, Vincent, du rêve et de l’espace, et moi, je ne jure que par les harmonies et les six cordes”, s’amuse Andy, guitariste de cette formation aux ambitions finalement très classiques. “Les gens zappent d’un morceau à l’autre si rapidement que nous voulions proposer une œuvre approfondie, presque comme un voyage”. Le terme n’est pas choisi au hasard, si l’on en juge par son imagerie nerd-prog : boules de feu dans le désert et triangles arc-en-ciel pour les clips, pochettes réveillant le douloureux souvenir de manuels de physique, et tutti quanti. En somme, Midnight Juggernauts offre une représentation littérale de sa musique, fidèle à l’imaginaire collectif. Quand ils intitulent un morceau Into The Galaxy, celui-ci ressemble effectivement à… une virée dans la galaxie vue par les premiers spectateurs de Star Wars, nappée de synthés mystérieux (touche 7 : effet cosmique) et de termes complexes en “–tor” ou “–onic”. Ce premier degré confondant, dépourvu de toute ironie, suscite une jouissance naïve rare chez ses auditeurs. Qui demanderont urgemment la permission de minuit.