Même si les écoutes addictives révélaient ses aspects indubitablement pop, le premier chef-d'œuvre de Micachu & The Shapes, Jewellery (2009), pouvait apparaître pour certains comme un bordel poseur sans nom. C'est à ce moment-là que débarque Chopped & Screwed, chargé de confirmer au monde entier que la jeune Mica Levi est l'une des chercheuses musicales les plus brillantes de notre époque. Contactée par l'orchestre de chambre moderne London Sinfonietta afin de composer et interprèter avec lui une série de composition, la Londonienne s'éloigne de l'electro pop démembrée de ses débuts pour se frotter sans vergogne au drone et à l'expérimental. Enregistrée live en mai dernier à Londres, cette collaboration figure une série de pièces musicales aussi exigeantes qu'immédiates, où les violons cherchent la dissonance, non pas par principe, mais par pur plaisir, aux côtés d'instruments que Micachu & The Shapes fabriquent eux-mêmes pour mieux les maltraiter ensuite, dans l'esprit du grand Harry Partch. Très brève rencontre avec la jeune prodige pour en savoir plus sur cette rencontre déroutante et évoquer plus largement son parcours. [Entretien Emilien Villeroy].
Micachu - Low Dogg
Quand as-tu initié le projet Micachu ?
Je fais de la musique électronique depuis que j'ai 14 ans, et durant ma dernière année à l'école, mon ami Taz et moi avons fait une sorte de morceau de R'n'B-dubstep intitulé Go Now. Je l'ai mis sur Myspace et ça m'a amené, heu... ici.
Est-ce qu'on peut dire que tu fais de la pop ?
Je ne suis pas sûre... En partie, je dirais.
Comment as-tu rencontré tes Shapes ? Quel rôle jouent-ils ?
On a fait nos études ensemble. Marc [Pell, batterie] et Raisa [Khan, claviers] faisaient déjà de la musique électronique à l'époque. Vu qu'on a réalisé des tournées interminables tous les trois depuis, on a vraiment l'impression d'être un groupe aujourd'hui, même si on garde chacun des projets personnels à côté. Les Shapes ont vraiment un rôle fondamental dans la composition des chansons de Micachu.
Ton premier album, Jewellery, est sorti en 2009. Comment l'as-tu enregistré ?
J'ai d'abord imaginé les esquisses dans ma chambre, puis je les ai présentées à Matthew Herbert dans son studio. Ensuite, nous avons travaillé ensemble pendant trois semaine sur les morceaux électroniques, puis sur ceux plus organiques. On a enregistré ces derniers en l'espace de deux jours, mais la finition a demandé bien plus de temps. Après, je dois vous avouer que toutes les dates se mélangent un peu dans ma tête aujourd'hui, c'était il y a tellement longtemps à mes yeux. En tout cas, Matthew a été fantastique, je suis vraiment chanceuse d'avoir pu travailler avec lui. Sans son aide, l'album aurait sans doute été différent, mais surtout beaucoup moins bien.
Récemment, tu as affrimé : “Je ne suis pas totalement fan de cet album”. Pourquoi ?
Je pense que je m'en suis un peu lassée, on l'a joué sur scène pendant des plombes. Maintenant, je suis intéressée par des musiques complètement différentes.
Micachu - Everything
Comment a eu lieu la rencontre avec le London Sinfonietta ?
On a planifié des réunions de travail, tout simplement. J'avais vu jouer cet ensemble plusieurs fois auparavant.
Comment as-tu composé avec ces musiciens ?
J'ai d'abord écrit les morceaux toute seule, puis on a boutiqué les arrangements pour l'orchestre avec tout le groupe. Les différentes parties des compositions (que je pensais en termes de couplet – refrain ou intro-outro) étaient alors très souples et volatiles. C'était beaucoup de travail et un sacré défi en tout cas !
Mais quel rôle a joué l'orchestre dans ce processus?
C'est difficile à dire ! Il y avait quelques séquences improvisées, mais c'était tout de même assez cadré. Disons qu'on lui laissait plus de liberté dans les passages les plus lents, mais ce n'était pas de la paresse de notre part, c'est vraiment parce que les musiciens classiques souhaitaient imprégner de leur humeur ces moments. Ils avaient raison d'ailleurs !
Le nom de l'album est Chopped & Screwed, comme la technique de Djing qui consiste à ralentir et à faire sauter le rythme. C'est la clé de l'album ?
Oui, tout à fait. L'objectif était de recréer avec des instruments acoustique les effets du chopped & screwed.
Comment avez-vous exécuté les titres tous ensemble ?
On a répété pendant trois jours, l'apprentissage s'est surtout fait à l'oreille. Ça n'a jamais été trop compliqué car, comme je le disais, plutôt que de choisir d'écrire des partitions complexes, nous avons juste évoqué les textures à l'oral – un choix fait par certains compositeurs. Évidemment, en agissant ainsi, ça ne sonnait jamais pareil quand on jouait les trucs deux fois de suite !
Tu as crée tes propres instruments pour ce projet. Tu peux nous en parler ?
J'ai commencé à adapter et à fabriquer mes propres instruments après Jewellery, même si on trouvait déjà pas mal de guitares préparées sur des titres comme Vulture ou Lips. Le compositeur Harry Partch a été une grande inspiration pour moi. Quand j'essaie de créer un instrument, j'ai toujours en tête la fonction qu'il aura et le son que je veux en tirer, tout en prenant en compte les limites matérielles. Il faut avant tout que le résultat ait un intérêt, sinon, le résultat s'assimile à une simple sculpture inutilisable. Je les fabrique avec mon ami
Dave : il est dans la construction et la plomberie, il est donc plutôt bon à l'heure de concrétiser nos créations.
Micachu - Vulture
Et tu composes d'après ces instruments ou tu adaptes tes compositions à ces instruments ?
Ça dépend. Les deux en fait, je pense.
Pourquoi avoir fait de Chopped & Screwed un album live ?
Ce n'était pas vraiment prévu, on s'est juste dit que ce serait sympa. Le résultat scénique n'a pas été retravaillé, j'ai juste enlevé quelques chansons que nous avons foirées pendant le concert, comme Fire. L'idée, c'était d'être honnête, mais certaines erreurs, si elles passaient en live, n'étaient pas admissibles sur disque. Et puis si tu commences à te lancer dans un travail de montage, il faut vraiment le faire à fond ensuite, parce que la moindre coupe s'entend. On s'est donc contenté de mixer.
Que penses-tu de l'appellation “première sortie 'musique classique' de Rough Trade” que l'on peut lire dans le dossier de presse ?
Je préfère éviter ce genre d'étiquettes.
Travailler encore avec ce genre d'ensemble dans le futur te plairait ?
Peut-être, mais alors en axant plus sur les arrangements, et en s'accordant plus de temps de sommeil. Pour le coup, on a tout réalisé en quelques heures sans jamais faire dodo !
Des informations sur le successeur de Jewellery ? Sortira t-il bientôt ?
J'en sais rien, il paraîtra quand il sera prêt.
Tu sais déjà quelle direction ta musique va prendre ?
Pas vraiment, je ne suis sûre de rien, nous n'avons encore rien enregistré de définitif.
Pas de tournée non plus cette année, donc ?
Non, pas pour le moment, même si j'aime bien faire des concerts.
Quel est le dernier album que tu as aimé ?
21 d'Adele.
> Écoutez Chopped & Screwed en intégralité.
Micachu - Low Dogg
Quand as-tu initié le projet Micachu ?
Je fais de la musique électronique depuis que j'ai 14 ans, et durant ma dernière année à l'école, mon ami Taz et moi avons fait une sorte de morceau de R'n'B-dubstep intitulé Go Now. Je l'ai mis sur Myspace et ça m'a amené, heu... ici.
Est-ce qu'on peut dire que tu fais de la pop ?
Je ne suis pas sûre... En partie, je dirais.
Comment as-tu rencontré tes Shapes ? Quel rôle jouent-ils ?
On a fait nos études ensemble. Marc [Pell, batterie] et Raisa [Khan, claviers] faisaient déjà de la musique électronique à l'époque. Vu qu'on a réalisé des tournées interminables tous les trois depuis, on a vraiment l'impression d'être un groupe aujourd'hui, même si on garde chacun des projets personnels à côté. Les Shapes ont vraiment un rôle fondamental dans la composition des chansons de Micachu.
Ton premier album, Jewellery, est sorti en 2009. Comment l'as-tu enregistré ?
J'ai d'abord imaginé les esquisses dans ma chambre, puis je les ai présentées à Matthew Herbert dans son studio. Ensuite, nous avons travaillé ensemble pendant trois semaine sur les morceaux électroniques, puis sur ceux plus organiques. On a enregistré ces derniers en l'espace de deux jours, mais la finition a demandé bien plus de temps. Après, je dois vous avouer que toutes les dates se mélangent un peu dans ma tête aujourd'hui, c'était il y a tellement longtemps à mes yeux. En tout cas, Matthew a été fantastique, je suis vraiment chanceuse d'avoir pu travailler avec lui. Sans son aide, l'album aurait sans doute été différent, mais surtout beaucoup moins bien.
Récemment, tu as affrimé : “Je ne suis pas totalement fan de cet album”. Pourquoi ?
Je pense que je m'en suis un peu lassée, on l'a joué sur scène pendant des plombes. Maintenant, je suis intéressée par des musiques complètement différentes.
Micachu - Everything
Comment a eu lieu la rencontre avec le London Sinfonietta ?
On a planifié des réunions de travail, tout simplement. J'avais vu jouer cet ensemble plusieurs fois auparavant.
Comment as-tu composé avec ces musiciens ?
J'ai d'abord écrit les morceaux toute seule, puis on a boutiqué les arrangements pour l'orchestre avec tout le groupe. Les différentes parties des compositions (que je pensais en termes de couplet – refrain ou intro-outro) étaient alors très souples et volatiles. C'était beaucoup de travail et un sacré défi en tout cas !
Mais quel rôle a joué l'orchestre dans ce processus?
C'est difficile à dire ! Il y avait quelques séquences improvisées, mais c'était tout de même assez cadré. Disons qu'on lui laissait plus de liberté dans les passages les plus lents, mais ce n'était pas de la paresse de notre part, c'est vraiment parce que les musiciens classiques souhaitaient imprégner de leur humeur ces moments. Ils avaient raison d'ailleurs !
Le nom de l'album est Chopped & Screwed, comme la technique de Djing qui consiste à ralentir et à faire sauter le rythme. C'est la clé de l'album ?
Oui, tout à fait. L'objectif était de recréer avec des instruments acoustique les effets du chopped & screwed.
Comment avez-vous exécuté les titres tous ensemble ?
On a répété pendant trois jours, l'apprentissage s'est surtout fait à l'oreille. Ça n'a jamais été trop compliqué car, comme je le disais, plutôt que de choisir d'écrire des partitions complexes, nous avons juste évoqué les textures à l'oral – un choix fait par certains compositeurs. Évidemment, en agissant ainsi, ça ne sonnait jamais pareil quand on jouait les trucs deux fois de suite !
Tu as crée tes propres instruments pour ce projet. Tu peux nous en parler ?
J'ai commencé à adapter et à fabriquer mes propres instruments après Jewellery, même si on trouvait déjà pas mal de guitares préparées sur des titres comme Vulture ou Lips. Le compositeur Harry Partch a été une grande inspiration pour moi. Quand j'essaie de créer un instrument, j'ai toujours en tête la fonction qu'il aura et le son que je veux en tirer, tout en prenant en compte les limites matérielles. Il faut avant tout que le résultat ait un intérêt, sinon, le résultat s'assimile à une simple sculpture inutilisable. Je les fabrique avec mon ami
Dave : il est dans la construction et la plomberie, il est donc plutôt bon à l'heure de concrétiser nos créations.
Micachu - Vulture
Et tu composes d'après ces instruments ou tu adaptes tes compositions à ces instruments ?
Ça dépend. Les deux en fait, je pense.
Pourquoi avoir fait de Chopped & Screwed un album live ?
Ce n'était pas vraiment prévu, on s'est juste dit que ce serait sympa. Le résultat scénique n'a pas été retravaillé, j'ai juste enlevé quelques chansons que nous avons foirées pendant le concert, comme Fire. L'idée, c'était d'être honnête, mais certaines erreurs, si elles passaient en live, n'étaient pas admissibles sur disque. Et puis si tu commences à te lancer dans un travail de montage, il faut vraiment le faire à fond ensuite, parce que la moindre coupe s'entend. On s'est donc contenté de mixer.
Que penses-tu de l'appellation “première sortie 'musique classique' de Rough Trade” que l'on peut lire dans le dossier de presse ?
Je préfère éviter ce genre d'étiquettes.
Travailler encore avec ce genre d'ensemble dans le futur te plairait ?
Peut-être, mais alors en axant plus sur les arrangements, et en s'accordant plus de temps de sommeil. Pour le coup, on a tout réalisé en quelques heures sans jamais faire dodo !
Des informations sur le successeur de Jewellery ? Sortira t-il bientôt ?
J'en sais rien, il paraîtra quand il sera prêt.
Tu sais déjà quelle direction ta musique va prendre ?
Pas vraiment, je ne suis sûre de rien, nous n'avons encore rien enregistré de définitif.
Pas de tournée non plus cette année, donc ?
Non, pas pour le moment, même si j'aime bien faire des concerts.
Quel est le dernier album que tu as aimé ?
21 d'Adele.
> Écoutez Chopped & Screwed en intégralité.