Des nuits sans sommeil
du plébiscité Nights Out (2008), où l’on claudiquait sur le dancefloor avec une
réelle jubilation, à la pop sablonneuse de The English Riviera, Metronomy accoste un nouveau rivage. Toujours orchestré de
mains de maître par un Joseph Mount moins nerd et solitaire qu’à l’accoutumée,
ce troisième album est surtout l’occasion pour lui de retourner sur les plages
de son enfance pour s’y ressourcer. Et, paradoxalement, grandir. [Article Thomas Bartel].
Metronomy - She Wants by Because Music
Le parcours de Metronomy a ceci de particulier qu’il ne semble pas obéir aux sirènes attrayantes du quart d’heure de gloire où il faut décliner son identité musicale et visuelle à grand renfort de réseaux sociaux, si l’on ne veut pas finir aux oubliettes de la pop jetable. Car dans le flot ininterrompu des musiques actuelles et dématérialisées, les dates de péremption s’abattent sur les groupes comme sur les pots de yaourt. Prendre son temps pour se réinventer ou simplement penser est devenu un luxe, une visée artistique absolument pas rentable. À ses débuts, Metronomy n’était que le patronyme trouvé par Joseph Mount pour donner corps à une série d’instrumentaux electro vintage, groovy et détraqués. Sur l’inaugural Pip Paine (Pay The 5000£ You Owe) (2006), cet Anglais frais émoulu de l’université – option musique et arts visuels – emboîtait le pas du génial laborantin Capitol K, et se montrait prêt à toutes sortes d’hybridations techno pop, pourvu qu’elles soient excitantes. Nights Out (2008) fut ensuite le véritable acte de naissance de Metronomy, non seulement parce que Joseph s’adjoignait les services de son cousin Oscar Cash aux claviers et de Gabriel Stebbing à la basse, mais parce qu’il se révélait surtout un crooner d’une nonchalance irrésistible. Perchée entre plusieurs registres, sa voix so british est un trésor caché qui passe d’une gravité délicieusement hautaine aux aigus les plus cartoonesques. De la part d’un autodidacte, une telle justesse de ton a de quoi impressionner.
Pourtant, ce passage d’instrumentaux hachurés à une pop incarnée s’est fait moins par envie que par nécessité. “Je n’aime pas trop ma voix. J’ai retrouvé des démos que j’avais enregistrées quand j’avais seize ans et c’est horrible. J’étais tout seul et pourtant on entend que je suis mal à l’aise. Sur mon premier album, j’étais plus intéressé par la musique instrumentale, je ne ressentais pas le besoin de poser ma voix. À partir du moment où j’ai écrit des chansons, je n’ai pas eu d’autre choix que de chanter. Mais je suis plus à l’aise aujourd’hui, et sur ce nouveau disque, j’ai essayé d’être le plus expressif possible”. Avec le succès de Nights Out, Joseph a pu rembourser dignement les frais d’inscription astronomiques de ses années estudiantines. Il a également permis à The English Riviera d’être enfanté dans un contexte nouveau : l’arrivée d’Anna Prior (batterie, chant) et de Gbenga Adelekan (basse), pour pallier au départ de Gabriel parti s’occuper à temps plein de Your Twenties, donne une coloration plus organique à un album lumineux, ouvert sur l’extérieur. La brise légère d’une journée d’été finissante souffle sur ces nouvelles compositions d’un raffinement absolu. Les postures robotiques et les sourires grimaçants à la Devo ont laissé place à une envie de prendre le large, d’échapper aux attentes d’une industrie de plus en plus myope qui exige de ses artistes qu’ils produisent des singles à tout prix. “Aujourd’hui, les labels ont besoin d’être rassurés. Pour tous les groupes, c’est la même histoire.
Chaque fois que tu enregistres un nouvel album, tu dois toujours t’attendre à ce que le directeur artistique te dise : « Il nous faut plus de tubes ! » Nous étions très heureux du résultat sur The English Riviera, mais nous craignions que la sortie soit retardée par manque de tubes potentiels. Et à notre grande surprise, une fois qu’il est arrivée aux oreilles du boss, il était enthousiaste”. Il est effectivement enthousiasmant qu’un groupe aussi prometteur que Metronomy évite à ce point le piège de la redite. L’impressionnante fluidité d’écriture de ce troisième effort et la précision inhabituelle de chaque instrument au mixage final n’ont presque plus rien à voir avec les textures granuleuses qui recouvraient d’une patine fluo les hymnes délicieusement tortueux de Nights Out. “Pour ce nouvel album, je me suis mis à la place d’un producteur et j’ai imaginé comment sortir Metronomy de cette étiquette nu-rave. Je voulais progresser, créer quelque chose de différent car le public nous attend au tournant. Je me suis dit qu’il fallait tout simplifier, revenir à un son plus épuré en offrant plus d’espace aux chansons”.
Metronomy - The Look (acoustique) par sourdoreille
Metronomy - She Wants by Because Music
Le parcours de Metronomy a ceci de particulier qu’il ne semble pas obéir aux sirènes attrayantes du quart d’heure de gloire où il faut décliner son identité musicale et visuelle à grand renfort de réseaux sociaux, si l’on ne veut pas finir aux oubliettes de la pop jetable. Car dans le flot ininterrompu des musiques actuelles et dématérialisées, les dates de péremption s’abattent sur les groupes comme sur les pots de yaourt. Prendre son temps pour se réinventer ou simplement penser est devenu un luxe, une visée artistique absolument pas rentable. À ses débuts, Metronomy n’était que le patronyme trouvé par Joseph Mount pour donner corps à une série d’instrumentaux electro vintage, groovy et détraqués. Sur l’inaugural Pip Paine (Pay The 5000£ You Owe) (2006), cet Anglais frais émoulu de l’université – option musique et arts visuels – emboîtait le pas du génial laborantin Capitol K, et se montrait prêt à toutes sortes d’hybridations techno pop, pourvu qu’elles soient excitantes. Nights Out (2008) fut ensuite le véritable acte de naissance de Metronomy, non seulement parce que Joseph s’adjoignait les services de son cousin Oscar Cash aux claviers et de Gabriel Stebbing à la basse, mais parce qu’il se révélait surtout un crooner d’une nonchalance irrésistible. Perchée entre plusieurs registres, sa voix so british est un trésor caché qui passe d’une gravité délicieusement hautaine aux aigus les plus cartoonesques. De la part d’un autodidacte, une telle justesse de ton a de quoi impressionner.
Pourtant, ce passage d’instrumentaux hachurés à une pop incarnée s’est fait moins par envie que par nécessité. “Je n’aime pas trop ma voix. J’ai retrouvé des démos que j’avais enregistrées quand j’avais seize ans et c’est horrible. J’étais tout seul et pourtant on entend que je suis mal à l’aise. Sur mon premier album, j’étais plus intéressé par la musique instrumentale, je ne ressentais pas le besoin de poser ma voix. À partir du moment où j’ai écrit des chansons, je n’ai pas eu d’autre choix que de chanter. Mais je suis plus à l’aise aujourd’hui, et sur ce nouveau disque, j’ai essayé d’être le plus expressif possible”. Avec le succès de Nights Out, Joseph a pu rembourser dignement les frais d’inscription astronomiques de ses années estudiantines. Il a également permis à The English Riviera d’être enfanté dans un contexte nouveau : l’arrivée d’Anna Prior (batterie, chant) et de Gbenga Adelekan (basse), pour pallier au départ de Gabriel parti s’occuper à temps plein de Your Twenties, donne une coloration plus organique à un album lumineux, ouvert sur l’extérieur. La brise légère d’une journée d’été finissante souffle sur ces nouvelles compositions d’un raffinement absolu. Les postures robotiques et les sourires grimaçants à la Devo ont laissé place à une envie de prendre le large, d’échapper aux attentes d’une industrie de plus en plus myope qui exige de ses artistes qu’ils produisent des singles à tout prix. “Aujourd’hui, les labels ont besoin d’être rassurés. Pour tous les groupes, c’est la même histoire.
Chaque fois que tu enregistres un nouvel album, tu dois toujours t’attendre à ce que le directeur artistique te dise : « Il nous faut plus de tubes ! » Nous étions très heureux du résultat sur The English Riviera, mais nous craignions que la sortie soit retardée par manque de tubes potentiels. Et à notre grande surprise, une fois qu’il est arrivée aux oreilles du boss, il était enthousiaste”. Il est effectivement enthousiasmant qu’un groupe aussi prometteur que Metronomy évite à ce point le piège de la redite. L’impressionnante fluidité d’écriture de ce troisième effort et la précision inhabituelle de chaque instrument au mixage final n’ont presque plus rien à voir avec les textures granuleuses qui recouvraient d’une patine fluo les hymnes délicieusement tortueux de Nights Out. “Pour ce nouvel album, je me suis mis à la place d’un producteur et j’ai imaginé comment sortir Metronomy de cette étiquette nu-rave. Je voulais progresser, créer quelque chose de différent car le public nous attend au tournant. Je me suis dit qu’il fallait tout simplifier, revenir à un son plus épuré en offrant plus d’espace aux chansons”.
Metronomy - The Look (acoustique) par sourdoreille