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Dans le monde de Metronomy, le jour ne se lève jamais et les étoiles dansent tout près. Les Nights Out se suivent, déclinant l’invitation du soleil pour accompagner à l’infini les obsessions de Joseph Mount, juvénile premier rôle de cette aventure nocturne. Il plante ses sages histoires d’amour là où se jouent désormais les drames modernes, dans les recoins d’un club, sur une piste improvisée ou à l’angle d’un vestiaire, quand il faut s’accrocher aux dernières secondes d’une compagnie désirée sans se trahir (A Thing For Me). Tout comme Franz Ferdinand, Metronomy voudrait faire danser les filles, les renverser si habilement qu’un pan de leur jupe se soulèverait par inadvertance. Mais, à l’inverse des vieux routards écossais, ces trois visages pâles conservent toute la gaucherie d’éternels adolescents. Les cruelles dansent, certes, mais elles rentrent avec un autre. Entre-temps, le trio aura redoublé d’astuces pour agiter les corps sur ses astéroïdes electro pop jubilatoires, désarticulés autour de Bontempi bien fagotés. Comme ces fauchés qui accommodent leurs garde-robes de quatre sous d’accessoires et associations inédites, Joseph Mount a appris à transformer sa matière première.

Un saxophone travesti, des clappements de main épileptiques, un duo de basses siamoises, un Melodica enrhumé et des guitares siciliennes, voilà tout le casting lynchien de ce teenage movie, ce giallo sympathique (Nights Intro). L’étrangeté de ces emprunts au domaine des sonorités enfantines n’empiète jamais sur l’intelligence des compositions, réglées comme du papier à musique. Dans cet album à moitié instrumental, Joseph n’est pas Lawrence, il sait se taire quand il faut. Ne pas encombrer le champ de gadgets impossibles. Cumuler rigueur de la structure et fantaisie des couleurs. Son appétit pour le jeu, une excroissance de l’enfance comme une autre, fait aussi tout le sel des émoustillants concerts de Metronomy. Alignés derrière leurs instruments, Gabriel Stebbing (basse, clavier), ledit Mount (chant, guitare, clavier) et son cousin Oscar Cash (saxo, clavier, Melodica) empruntent autant à Kraftwerk qu’à Devo dans des mises en scène aussi minimalistes qu’inspirées. Le cœur se suspend, s’essouffle parfois sur un tempo capricieux. Point de batterie à l’horizon, pourtant. Moulés dans leurs tee-shirts noirs frappés d’un cercle lumineux, les loustics ponctuent leurs chassés-croisés vocaux de chorégraphies, que viennent parfois souligner une troupe de danse farfelue, Sparkle Motion.

Difficile de résister à leurs bonbons cubistes (Radio Ladio, My Heart Rate Rapid), à leur Popcorn beurré (The End Of You Too), quand chaque miette de leur recette invite à l’extase le plus pur, l’hédonisme le plus béat (Holiday ou B-52’s en vacances avec New Order). Derrière l’apparente insouciance, il y a toute la patience d’un artiste doublé d’un artisan. À vingt-cinq ans, Joseph a connu les groupes adolescents (The Upsides, The Customers), le travail de commande (ses remixes très réclamés, de Sébastien Tellier à Goldfrapp via Klaxons) et l’insuccès d’un premier album, Pip Paine (Pay The £5000 You Owe) (2006), que Nights Out surpasse de beaucoup en beauté et en agréments. En décanillant le single You Could Easily Have Me à chacune de ses soirées Trash, Erol Alkan aura eu le même effet sur la carrière de Metronomy que Pauline Kael sur celle de Scorsese : implacablement décisif. Nerd obsessionnel, doté d’un tempérament sympathique forcément louche dans les couloirs glauques du business, l’homme au falsetto robotique ne porte toutefois pas les stigmates de la prospérité. Il est plus facile de se le représenter seul devant son immuable ordinateur, enregistrer de fructueuses idées vite englouties, jusqu’à ce que la fonction random de son iTunes ne leur redonne brièvement vie.

C’est par ce gracieux hasard qu’a ainsi resurgi Heartbreaker, sans doute la chanson la plus culottée de Nights Out. Cette litanie toute simple pleure une amitié masculine, détruite par les déboires amoureux récurrents de l’un qui insupportent l’autre. Un triangle non amoureux pudiquement évoqué sur fond de sifflements insouciants, où l’on entend les cœurs virils se fissurer et l’amertume s’insinuer avec une précision rare. Dans le monde de Metronomy, la musique est une science exacte.
Estelle Chardac
MAGIC RPM  #123


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