En kiosque actuellement Commander

Friends And Foe de Menomena

chronique d'album
Je me souviens du post-rock. Je me souviens de ces jeunes gens austères balèzes en solfège qui enregistraient des disques qui impressionnaient beaucoup les jeunes gens austères qui n'entravaient rien au solfège. Je me souviens de la dextérité de ces musiciens ambitieux et libres qui aimaient le jazz et le rock progressif. On s'ennuyait souvent. C'était avant que le rock ne ressuscite pour la centième fois. Menomena ressemble à un drôle de dinosaure échappé de ces années quatre-vingt-dix là, avec ses musiciens calés qui ne jouent pas seulement de la guitare comme tout le monde mais plutôt du saxophone baryton, du glockenspiel et des percussions. Mais au-delà d'un certain esprit de sérieux parfois rasoir, le trio originaire de Portland a ceci pour lui d'écrire de très belles chansons. À l'image de l'incroyable pochette signée Craig Thompson (l'auteur de la bande dessinée Blankets), leur troisième Lp est dense et riche en surprises. Flottant en apesanteur entre glockenspiel et rafales de batterie, la magnifique Wet And Rusting se repose un instant sur une guitare acoustique avant de s'envoler à nouveau. Rotten Hell joue la simplicité avec un piano entêtant puis gagne en complexité avec des choeurs et une rythmique qui s'emballe. Avec orgue et claviers en force et en douceur, My My est la chanson la plus émouvante de Friends And Foe, album complexe et long en bouche. Chaque écoute en dévoile un peu plus les secrets mais aussi certaines limites, avec des voix parfois ingrates et des chansons un peu balourdes qui s'écrasent sur le mur de la monotonie malgré une production phénoménale. Ah ça, quand il faut tourner des boutons et bidouiller des machins, ils sont fortiches les jeunes gens austères.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #109


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser