Le mois de décemb' venu, l'heure des bilans carillonne à tous les
étages. Vous connaissez déjà une partie de notre tableau d'honneur 2010, le détail restant à découvrir dans notre Hors-série 365 Chroniques
actuellement en kiosque. Là où vous trouverez les portraits de nos dix
personnalités de l'année, d'Arnaud Fleurent-Didier à Peter Milton Walsh en passant par
Owen Pallett ou... Jamie Harley ! Voici le profil nourri
du spécialiste visuel devenu troisième membre officieux des Canadiens Memoryhouse. [Article Jean-François Le Puil].
“J'avais le chic pour m'acoquiner avec des personnes plus talentueuses que moi. Je ne savais ni composer, ni jouer, ni réaliser le design de clubs, mais j'étais un enthousiaste vorace. Mon talent a été de dire oui à tout le monde”… Voilà comment feu Tony Wilson résuma au quotidien britannique The Guardian, en 2002, dans un élan de sobriété mentale, le parcours qui le vit s'affirmer comme le plus grand marlou médiatico-artistique de l'histoire mancunienne. S'il est inutile de rappeler les hauts faits du cofondateur de Factory Records, Jamie Harley en fut témoin par ricochet. Et s'est approprié l'altruisme fécond de celui qui fut son oncle par alliance le temps du deuxième mariage de Tony Wilson. “Ça a bien sûr été un sacré sujet de fierté adolescente ! Mais il faut quand même dire qu'il a toujours été beaucoup plus mon oncle que j'ai pu être son neveu... Dès le divorce passé, son nom n'a plus jamais été prononcé à voix haute dans ma famille. Jusque-là, c'était ce type qui présentait le journal du soir sur Granada, et tout le monde l'adorait pour ça. Je ne le voyais que lors de réunions familiales où j'imagine il devait s'ennuyer à mourir. Ses activités musicales étaient considérées comme une espèce de hobby bizarre, un truc un peu honteux. J'étais encore très jeune, 9 ou 10 ans, et je n'ai compris que plus tard quelle genre de personne il était. Je me souviens être revenu à Manchester pour un été, il y avait des graffitis Happy Mondays absolument partout. De la fenêtre de ma chambre, je pouvais en voir deux ! Je n'en revenais pas de savoir qu'il avait un lien avec ça. Il était devenu quelqu'un de très sulfureux aux yeux de ma famille et ça n'a été que plus tentant de le prendre comme modèle. Il a été la personne la plus déterminante dans ma vie. Il n'a jamais vécu dans le passé, et il m'a transmis cela sans le savoir”, se souvient-il.
Faire de l'air du temps son seul oxygène ? Alors, Jamie Harley a respiré à pleins poumons cette année. Qualifié de “capo visuel de la chillwave” par Pitchfork, l'homme a réalisé des clips pour les groupes les plus ensorcelants du moment. “J'ai pris le sobriquet de Pitchfork comme une forme de taquinerie affectueuse de leur part car le mot chillwave est quand même très connoté, il est difficile de le prendre au sérieux. Je préfère en général parler de bedroom pop, qui a le mérite d'être à la fois plus vague et plus proche de la réalité. C'est suite aux premières vidéos pour Memoryhouse que j'ai été contacté par beaucoup d'acteurs de cette scène. J'adore cette génération de musiciens qui arrive – l'industrie du disque n'a plus grand chose d'une industrie et leurs rêves ont une pureté qui m'impressionne”, précise notre homme dans un français parfait acquis après “une enfance passée à faire l'aller-retour entre Manchester et Versailles à cause du travail de [son] père”. En dehors du duo canadien dont il est le troisième membre officieux, et de How To Dress Well, dont il a imagé l'album Love Remains, Jamie a paré de son style évanescent des titres de Memory Tapes, A Classic Education, Lonely Galaxy, Prizes, Museum Of Bellas Artes…
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Mais l'homme de trente-sept ans a beau être affilié à une mouvance bien allante, il exerce depuis dix ans déjà. En tant que directeur artistique de Schmooze, une société lucrative spécialisée dans la supervision musicale de spots publicitaires (Citroën, Apple, KFC), défilés de mode ou longs-métrages (The Time That Remains d'Elia Suleiman), et dont il dirige le blog. “Mais j'ai toujours l'impression de faire la même chose : associer des notes et des images. Mon travail me permet de vivre de ma passion pour la musique. Le blog et les vidéos me permettent de ne pas me mercenariser et de conserver le goût de ne faire des choses que pour le plaisir”, tranche le résident parisien, qui cite “Douglas Sirk, Kenneth Anger, Jacques Demy ou le Technicolor des années 50” pour expliquer la floraison d'un imaginaire qui immerge des scènes existantes au sein d'une dimension onirique où le ralenti et les couleurs excessives sont autant de prétextes au chamboulement des sens. Dans la vie comme dans ses clips, Jamie ne s'autorise d'ailleurs aucune barrière esthétique ou générationnelle, capable d'évoquer avec la même ardeur sa fraîche direction artistique pour Housse De Racket – "j'ai toujours considéré le gimmick tennistique de leur débuts comme une forme de pudeur, et sur celui-ci il s'agit de faire quelque chose qui soit beaucoup plus intimement lié à eux", dit-il à ce propos –, sa future collaboration avec le photographe culte Nick Knight (après avoir été repéré par le management de Lady Gaga !), ou sa récente amitié avec le touche-à-tout surdoué Irwin Barbé. “J'adore l'impatience de ses dix-huit ans", avance Jamie à son sujet. “Je ne risque pas grand-chose à parier qu'il ira super loin”. Le flambeau n'a pas fini de brasiller.
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“J'avais le chic pour m'acoquiner avec des personnes plus talentueuses que moi. Je ne savais ni composer, ni jouer, ni réaliser le design de clubs, mais j'étais un enthousiaste vorace. Mon talent a été de dire oui à tout le monde”… Voilà comment feu Tony Wilson résuma au quotidien britannique The Guardian, en 2002, dans un élan de sobriété mentale, le parcours qui le vit s'affirmer comme le plus grand marlou médiatico-artistique de l'histoire mancunienne. S'il est inutile de rappeler les hauts faits du cofondateur de Factory Records, Jamie Harley en fut témoin par ricochet. Et s'est approprié l'altruisme fécond de celui qui fut son oncle par alliance le temps du deuxième mariage de Tony Wilson. “Ça a bien sûr été un sacré sujet de fierté adolescente ! Mais il faut quand même dire qu'il a toujours été beaucoup plus mon oncle que j'ai pu être son neveu... Dès le divorce passé, son nom n'a plus jamais été prononcé à voix haute dans ma famille. Jusque-là, c'était ce type qui présentait le journal du soir sur Granada, et tout le monde l'adorait pour ça. Je ne le voyais que lors de réunions familiales où j'imagine il devait s'ennuyer à mourir. Ses activités musicales étaient considérées comme une espèce de hobby bizarre, un truc un peu honteux. J'étais encore très jeune, 9 ou 10 ans, et je n'ai compris que plus tard quelle genre de personne il était. Je me souviens être revenu à Manchester pour un été, il y avait des graffitis Happy Mondays absolument partout. De la fenêtre de ma chambre, je pouvais en voir deux ! Je n'en revenais pas de savoir qu'il avait un lien avec ça. Il était devenu quelqu'un de très sulfureux aux yeux de ma famille et ça n'a été que plus tentant de le prendre comme modèle. Il a été la personne la plus déterminante dans ma vie. Il n'a jamais vécu dans le passé, et il m'a transmis cela sans le savoir”, se souvient-il.
Faire de l'air du temps son seul oxygène ? Alors, Jamie Harley a respiré à pleins poumons cette année. Qualifié de “capo visuel de la chillwave” par Pitchfork, l'homme a réalisé des clips pour les groupes les plus ensorcelants du moment. “J'ai pris le sobriquet de Pitchfork comme une forme de taquinerie affectueuse de leur part car le mot chillwave est quand même très connoté, il est difficile de le prendre au sérieux. Je préfère en général parler de bedroom pop, qui a le mérite d'être à la fois plus vague et plus proche de la réalité. C'est suite aux premières vidéos pour Memoryhouse que j'ai été contacté par beaucoup d'acteurs de cette scène. J'adore cette génération de musiciens qui arrive – l'industrie du disque n'a plus grand chose d'une industrie et leurs rêves ont une pureté qui m'impressionne”, précise notre homme dans un français parfait acquis après “une enfance passée à faire l'aller-retour entre Manchester et Versailles à cause du travail de [son] père”. En dehors du duo canadien dont il est le troisième membre officieux, et de How To Dress Well, dont il a imagé l'album Love Remains, Jamie a paré de son style évanescent des titres de Memory Tapes, A Classic Education, Lonely Galaxy, Prizes, Museum Of Bellas Artes…
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Mais l'homme de trente-sept ans a beau être affilié à une mouvance bien allante, il exerce depuis dix ans déjà. En tant que directeur artistique de Schmooze, une société lucrative spécialisée dans la supervision musicale de spots publicitaires (Citroën, Apple, KFC), défilés de mode ou longs-métrages (The Time That Remains d'Elia Suleiman), et dont il dirige le blog. “Mais j'ai toujours l'impression de faire la même chose : associer des notes et des images. Mon travail me permet de vivre de ma passion pour la musique. Le blog et les vidéos me permettent de ne pas me mercenariser et de conserver le goût de ne faire des choses que pour le plaisir”, tranche le résident parisien, qui cite “Douglas Sirk, Kenneth Anger, Jacques Demy ou le Technicolor des années 50” pour expliquer la floraison d'un imaginaire qui immerge des scènes existantes au sein d'une dimension onirique où le ralenti et les couleurs excessives sont autant de prétextes au chamboulement des sens. Dans la vie comme dans ses clips, Jamie ne s'autorise d'ailleurs aucune barrière esthétique ou générationnelle, capable d'évoquer avec la même ardeur sa fraîche direction artistique pour Housse De Racket – "j'ai toujours considéré le gimmick tennistique de leur débuts comme une forme de pudeur, et sur celui-ci il s'agit de faire quelque chose qui soit beaucoup plus intimement lié à eux", dit-il à ce propos –, sa future collaboration avec le photographe culte Nick Knight (après avoir été repéré par le management de Lady Gaga !), ou sa récente amitié avec le touche-à-tout surdoué Irwin Barbé. “J'adore l'impatience de ses dix-huit ans", avance Jamie à son sujet. “Je ne risque pas grand-chose à parier qu'il ira super loin”. Le flambeau n'a pas fini de brasiller.
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