Jamais
deux sans trois. Après avoir disséminé sur la toile puis sur la cire les
morceaux instrumentaux de Weird Tapes et les chansons electrovintage de Memory
Cassette, le dénommé Dayve Hawk a décidé de régler son compte à son éventuelle
schizophrénie en réunissant ses aspirations musicales sous le nouveau patronyme
de… Memory Tapes. Homme de peu de mots mais au talent immense, d’ordinaire
réfractaire aux interviews et autres sessions photos, ce nouvel ami américain
enterre avec nous ses projets passés pour mieux embrasser un avenir dans lequel
il se projette à Bicycle.
[Interview Christophe Basterra].
magicrpm.com : HAIL SOCIAL
Dayve Hawk : Je compose et j’enregistre depuis mon adolescence. D’ailleurs, la plupart des chansons diffusées sous l’identité Memory Cassette, je les ai écrites à l’époque du lycée, à la fin des années 90. Peu après, je me suis retrouvé à travailler dans une épicerie, où j’ai rencontré un batteur nommé Matt (ndlr. Maraldo). Pour faire simple, il était tout mon opposé, soit un type très ambitieux et sociable. Il sortait en boîte et jouait dans les groupes du coin. Il a décidé que nous devions interpréter mes compos ensemble. Après lui avoir tenu tête pendant presque un an, j’ai fini par céder et Hail Social est né, complété par la suite par deux autres personnes. Mais rapidement, je me suis senti mal à l’aise. En tant que compositeur et chanteur, je me suis retrouvé sur le devant de la scène, une position qui ne me convient guère… Surtout, j’ai fini par écrire des chansons s’adaptant au groupe, plutôt que d’adapter le groupe aux chansons… Nous avons enregistré deux albums, tourné aux États-Unis et en Grande-Bretagne, sans être finalement pleinement satisfaits. Nous avons décidé d’arrêter les frais en 2007. Alors, j’ai renoué avec ma tradition originelle d’enregistrer pour mes amis et moi… C’est ainsi que Weird Tapes a vu le jour. Au début, comme j’étais entre deux maisons, je ne pouvais travailler que sur mon ordinateur, que je gavais de samples, matière première de ces nouvelles compos. C’est dans ces conditions que j’ai enregistré le Ep Get Religion.
PINE BARRENS
J’ai grandi dans une ville située à la lisière de Pine Barrens (ndlr. vaste étendue forestière du New Jersey). Et aujourd’hui, je n’en habite pas très loin. Je déteste les milieux à trop forte concentration urbaine, j’ai besoin d’être entouré d’arbres et de lacs… (Sourire.) Il s’agit d’une nécessité pour mon équilibre mental, je crois. Après, ce que j’apprécie dans le New Jersey, c’est le fait que se côtoient nature et petites villes. J’aime bien ce contraste. En fait, si je vivais au milieu des seules montagnes, je ne ferais plus rien, si ce n’est d’attendre tranquillement les couchers du soleil…
BRITNEY
J’ai d’abord été approché par les gars de Mad Decent (ndlr. label mais aussi tandem de producteurs-remixeurs, dirigé par le tout-terrain Diplo), ce qui m’a effectivement conduit à remixer Britney Spears, son morceau If U Seek Amy… Ce fut une expérience assez étrange, d’autant que je n’ai qu’un jour pour bosser. Mais ça m’a permis de payer la totalité des soins dentaires de ma fille ! (Sourire.) Plus généralement, je ne sais pas trop quoi penser des remixes. Tantôt, je trouve l’exercice très amusant, parfois, assez ennuyeux. Si l’on m’impose de suivre l’option dance, ça me soûle assez vite… En tout cas, je j’évite d’écouter la version originale, dont je n’utilise que les voix. Certains aiment bien cette approche, mais d’autres se montrent presque outrés face à ce qu’ils considèrent comme une trahison.
CALL & RESPONSE EP
Il s’agit du premier Ep de mon projet Memory Cassette, sorti en juin dernier (cf. magic #133). Et ce sera également le dernier, même si je sais bien qu’il ne faut jamais dire plus jamais… (Sourire.) En fait, je me suis assez vite lassé de l’approche musicale de Weird Tapes, qui ne reposait vraiment que sur des samples. Alors, j’ai commencé à me replonger dans mes vieilles démos datant du lycée. J’y ai ajouté du clavier, j’ai modifié certains tempos tempo, changé aussi le pitch – c’est pour cela qu’on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’une fille au chant, alors que c’est bien moi… (Sourire.) Un label canadien, Acéphale Records, m’a contacté pour me proposer de sortir un single, avec deux de ces anciens morceaux et deux nouvelles compos. Le disque aurait dû sortir bien avant, mais ce n’est pas très grave…
GORILLAVSBEAR.NET
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je suis venu tardivement à toute cette culture de blogs… J’ai quand même fini par réaliser que je tenais là un véhicule extraordinaire pour présenter ma musique aux gens, dans un espace qui n’est assailli par la pub comme c’est devenu le cas pour MySpace. En tout cas, j’adore l’immédiateté inhérente aux blogs et à l’Internet en général : tu termines une chanson et tu peux dans la foulée, si tu en as l’envie, la faire écouter à d’autres…
THE HORRORS
D’après ce qu’on m’a raconté, ce sont eux qui ont fait découvrir ma musique aux gens de Loog Records, leur label actuel. Alors, ces derniers leur ont proposé de faire un remix de Bicycle, le premier single que je réalise sous l’identité Memory Tapes et qui sort en Angleterre en août… De toutes façons, je n’ai jamais été impliqué dans le choix des artistes qui ont retravaillé mes morceaux jusqu’à présent. Ce sont toujours les structures qui ont choisi à ma place. Je ne connais pas énormément de nouveaux groupes, je suis même un peu largué. Avec Loog, et comme avec tous les autres labels avec lesquels j’ai travaillé, je n’ai pas signé de contrat. Ils m’ont proposé de sortir ce single et j’ai accepté. Mais notre collaboration s’arrête là pour le moment.
MEMORY TAPES
Au moment où des labels ont commencé à m’approcher pour Weird Tapes ou Memory Cassette, j’avais déjà l’envie de passer à autre chose. Mon intérêt dans chacun de ces projets s’était émoussé… Je ne voulais plus utiliser de samples à outrance, ni changer continuellement la vitesse de ma voix. (Sourire.) Je rêvais d’enregistrer un véritable album, sur lequel je jouerais de tous les instruments. C’est donc ce que j’ai fait. (Sourire.) J’ai trouvé que le résultat final se trouvait être le juste milieu entre Memory Cassette et Weird Tapes. Tout en étant différent des deux, bien sûr ! (Rires.) J’ai donc décidé de prendre une nouvelle identité, qui resterait cette fois unique. J’avais quand même fini par comprendre que deux projets menés de front rendaient les choses assez confuses pour les gens qui me suivaient. Bien évidemment, aujourd’hui, avec ce troisième nom, je suis à peu près certain de les avoir perturbés encore un peu plus… (Sourire.) Mais tout va devenir évident avec le temps. Comment ? Non, je ne pense pas jouer live dans un futur proche. Comme je te le disais, je joue de tous les instruments sur le disque et je n’ai aucune envie de me retrouver face à un public en train de faire mumuse sur mon ordinateur… Maintenant, si je trouve le moyen de donner des concerts dignes de ce nom, je réviserai peut-être mon jugement. En tout cas, le premier album de Memory Tapes va sortir en septembre, et le second ne tardera pas à suivre. Ensuite, je ne sais pas ce qui arrivera !
IINTERVIEW
Je ne pense pas être très intéressant à écouter ou à regarder. Pour moi, tout commence et se termine avec les chansons, même si je comprends parfaitement que le style, les personnalités des artistes puissent affecter le jugement des auditeurs. Mais personnellement, je n’arrive pas à établir un lien entre ces aspects, alors, je ne vais pas fournir d’efforts particuliers dans ce sens pour mon projet. C’est dommage parce que les gens vont sans doute penser que je cherche à être délibérément mystérieux, que j’adopte une attitude très calculée. Pourtant, c’est juste une question d’apathie. (Sourire.)
[Interview Christophe Basterra].
magicrpm.com : HAIL SOCIAL
Dayve Hawk : Je compose et j’enregistre depuis mon adolescence. D’ailleurs, la plupart des chansons diffusées sous l’identité Memory Cassette, je les ai écrites à l’époque du lycée, à la fin des années 90. Peu après, je me suis retrouvé à travailler dans une épicerie, où j’ai rencontré un batteur nommé Matt (ndlr. Maraldo). Pour faire simple, il était tout mon opposé, soit un type très ambitieux et sociable. Il sortait en boîte et jouait dans les groupes du coin. Il a décidé que nous devions interpréter mes compos ensemble. Après lui avoir tenu tête pendant presque un an, j’ai fini par céder et Hail Social est né, complété par la suite par deux autres personnes. Mais rapidement, je me suis senti mal à l’aise. En tant que compositeur et chanteur, je me suis retrouvé sur le devant de la scène, une position qui ne me convient guère… Surtout, j’ai fini par écrire des chansons s’adaptant au groupe, plutôt que d’adapter le groupe aux chansons… Nous avons enregistré deux albums, tourné aux États-Unis et en Grande-Bretagne, sans être finalement pleinement satisfaits. Nous avons décidé d’arrêter les frais en 2007. Alors, j’ai renoué avec ma tradition originelle d’enregistrer pour mes amis et moi… C’est ainsi que Weird Tapes a vu le jour. Au début, comme j’étais entre deux maisons, je ne pouvais travailler que sur mon ordinateur, que je gavais de samples, matière première de ces nouvelles compos. C’est dans ces conditions que j’ai enregistré le Ep Get Religion.
PINE BARRENS
J’ai grandi dans une ville située à la lisière de Pine Barrens (ndlr. vaste étendue forestière du New Jersey). Et aujourd’hui, je n’en habite pas très loin. Je déteste les milieux à trop forte concentration urbaine, j’ai besoin d’être entouré d’arbres et de lacs… (Sourire.) Il s’agit d’une nécessité pour mon équilibre mental, je crois. Après, ce que j’apprécie dans le New Jersey, c’est le fait que se côtoient nature et petites villes. J’aime bien ce contraste. En fait, si je vivais au milieu des seules montagnes, je ne ferais plus rien, si ce n’est d’attendre tranquillement les couchers du soleil…
BRITNEY
J’ai d’abord été approché par les gars de Mad Decent (ndlr. label mais aussi tandem de producteurs-remixeurs, dirigé par le tout-terrain Diplo), ce qui m’a effectivement conduit à remixer Britney Spears, son morceau If U Seek Amy… Ce fut une expérience assez étrange, d’autant que je n’ai qu’un jour pour bosser. Mais ça m’a permis de payer la totalité des soins dentaires de ma fille ! (Sourire.) Plus généralement, je ne sais pas trop quoi penser des remixes. Tantôt, je trouve l’exercice très amusant, parfois, assez ennuyeux. Si l’on m’impose de suivre l’option dance, ça me soûle assez vite… En tout cas, je j’évite d’écouter la version originale, dont je n’utilise que les voix. Certains aiment bien cette approche, mais d’autres se montrent presque outrés face à ce qu’ils considèrent comme une trahison.
CALL & RESPONSE EP
Il s’agit du premier Ep de mon projet Memory Cassette, sorti en juin dernier (cf. magic #133). Et ce sera également le dernier, même si je sais bien qu’il ne faut jamais dire plus jamais… (Sourire.) En fait, je me suis assez vite lassé de l’approche musicale de Weird Tapes, qui ne reposait vraiment que sur des samples. Alors, j’ai commencé à me replonger dans mes vieilles démos datant du lycée. J’y ai ajouté du clavier, j’ai modifié certains tempos tempo, changé aussi le pitch – c’est pour cela qu’on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’une fille au chant, alors que c’est bien moi… (Sourire.) Un label canadien, Acéphale Records, m’a contacté pour me proposer de sortir un single, avec deux de ces anciens morceaux et deux nouvelles compos. Le disque aurait dû sortir bien avant, mais ce n’est pas très grave…
GORILLAVSBEAR.NET
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je suis venu tardivement à toute cette culture de blogs… J’ai quand même fini par réaliser que je tenais là un véhicule extraordinaire pour présenter ma musique aux gens, dans un espace qui n’est assailli par la pub comme c’est devenu le cas pour MySpace. En tout cas, j’adore l’immédiateté inhérente aux blogs et à l’Internet en général : tu termines une chanson et tu peux dans la foulée, si tu en as l’envie, la faire écouter à d’autres…
THE HORRORS
D’après ce qu’on m’a raconté, ce sont eux qui ont fait découvrir ma musique aux gens de Loog Records, leur label actuel. Alors, ces derniers leur ont proposé de faire un remix de Bicycle, le premier single que je réalise sous l’identité Memory Tapes et qui sort en Angleterre en août… De toutes façons, je n’ai jamais été impliqué dans le choix des artistes qui ont retravaillé mes morceaux jusqu’à présent. Ce sont toujours les structures qui ont choisi à ma place. Je ne connais pas énormément de nouveaux groupes, je suis même un peu largué. Avec Loog, et comme avec tous les autres labels avec lesquels j’ai travaillé, je n’ai pas signé de contrat. Ils m’ont proposé de sortir ce single et j’ai accepté. Mais notre collaboration s’arrête là pour le moment.
MEMORY TAPES
Au moment où des labels ont commencé à m’approcher pour Weird Tapes ou Memory Cassette, j’avais déjà l’envie de passer à autre chose. Mon intérêt dans chacun de ces projets s’était émoussé… Je ne voulais plus utiliser de samples à outrance, ni changer continuellement la vitesse de ma voix. (Sourire.) Je rêvais d’enregistrer un véritable album, sur lequel je jouerais de tous les instruments. C’est donc ce que j’ai fait. (Sourire.) J’ai trouvé que le résultat final se trouvait être le juste milieu entre Memory Cassette et Weird Tapes. Tout en étant différent des deux, bien sûr ! (Rires.) J’ai donc décidé de prendre une nouvelle identité, qui resterait cette fois unique. J’avais quand même fini par comprendre que deux projets menés de front rendaient les choses assez confuses pour les gens qui me suivaient. Bien évidemment, aujourd’hui, avec ce troisième nom, je suis à peu près certain de les avoir perturbés encore un peu plus… (Sourire.) Mais tout va devenir évident avec le temps. Comment ? Non, je ne pense pas jouer live dans un futur proche. Comme je te le disais, je joue de tous les instruments sur le disque et je n’ai aucune envie de me retrouver face à un public en train de faire mumuse sur mon ordinateur… Maintenant, si je trouve le moyen de donner des concerts dignes de ce nom, je réviserai peut-être mon jugement. En tout cas, le premier album de Memory Tapes va sortir en septembre, et le second ne tardera pas à suivre. Ensuite, je ne sais pas ce qui arrivera !
IINTERVIEW
Je ne pense pas être très intéressant à écouter ou à regarder. Pour moi, tout commence et se termine avec les chansons, même si je comprends parfaitement que le style, les personnalités des artistes puissent affecter le jugement des auditeurs. Mais personnellement, je n’arrive pas à établir un lien entre ces aspects, alors, je ne vais pas fournir d’efforts particuliers dans ce sens pour mon projet. C’est dommage parce que les gens vont sans doute penser que je cherche à être délibérément mystérieux, que j’adopte une attitude très calculée. Pourtant, c’est juste une question d’apathie. (Sourire.)