Les Angevins sont réputés pour leur infinie discrétion, timidité (synonymes régionaux de distance) et bonne nature, enfin tant que l'on ne vient pas les chatouiller ! Laurent Girard, alias Melodium, ne déroge point à la règle. Au contraire, l'appliquant au pied de la lettre et jusqu'à l'effacement le plus total, il annonçait, dès ses débuts en 2001, qu'il ne joue et ne jouera jamais sur scène. Encouragé par l'accueil favorable que recevait La Tête Qui Flotte (2005), le compositeur d'électronique frugale et hybride (guitares, percussions, jouets d'enfants, flûtes et cuivres sont utilisés) poursuit posément son chemin, se risque à prendre plus souvent le micro que d'ordinaire et intitule non sans humour son nouvel opus Music For Invisible People. On y trouve ballades pastorales (Saturday Morning, Maybe It's The End Of Time) et sonate drum'n'bass au coin du feu (I'm Not Already Dead) dans une camaïeu d'ombres (la désespérée et très belle, You're Gone) et de lumières (My Xylophone Loves Me, We Are All Right Here). L'ensemble est exprimé dans un environnement d'électronismes toujours arrangés de façon inventive, personnelle et riche, évoquant Broadcast, Angil ou encore Minotaur Shock. L'Angevin a certes la mélancolie communicative, mais ses facultés de contemplation et de joie de vivre le sont au moins autant. En tout cas, les Gens Invisibles à qui cette musique est destinée le remercient chaleureusement de sa fort délicate attention...