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Supreme Balloon
archive mag juin 2008
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Matmos est la preuve vivante qu'on peut être
intellectuel de gauche sans sacrifier son goût du ludisme et du pastiche sur
l'autel de l'érudition, et développer une electronica hautement complexe sans
jamais se prendre au sérieux. C'est ce qui attise le désir de suivre Drew
Daniel et Martin Schmidt dans leurs aventures, qu'il s'agisse, au hasard, de
jouer de la flûte nasale pendant une opération rhinoplastique ou de rendre hommage à Valerie Solanas
en pétant. Dernier opus en date, The Rose
Has Teeth In The Mouth Of A Beast (2006) célébrait magnifiquement dix
années d'activisme fun-conceptuel. Après un double Lp de cette puissance, on
osait même se demander comment le duo allait se renouveler. La réponse est
simple et terriblement audacieuse : il a changé ses méthodes de travail. Exit
le sampling tous azimuts, première raison de sa créativité jusqu'ici, place aux
seuls synthétiseurs, si possible rares et sommaires. Loin d'écorner son
identité dans cette approche minimaliste, c'est une cure de jouvence salutaire
qu'il offre à sa musique. Du moins sur la première moitié de Supreme Balloon, où le format court
procède d'une décérébralisation jouissive. Rainbow
Flag, Polychords, Mister Mouth, Exciter Lamp And The Variable Band et le “titre caché” Orban poussent tous les potards dans le
rouge, chatouillant et vrillant l'oreille avec une constante fantaisie pop. Un
sommet est atteint avec la relecture des Folies
Françaises de François Couperin, renvoyant de manière hilarante aux délires
malsains d’Orange Mécanique. Face à
cela, les vingt-quatre minutes de Supreme
Balloon laissent dubitatif. Comme si le contact plus “live” aux instruments
menait fatalement à la jam session, ce plaisir coupable des musiciens depuis
que le psychédélisme a fait son œuvre. Dommage, car Matmos n'a vraiment pas
besoin de se montrer hermétique pour affirmer sa superbe singularité.
Michaël Patin
article extrait de :
MAGIC RPM #121
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