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Dans le petit monde de la variété française, Mathieu Boogaerts fait figure de solitaire farfelu, de gentil bricoleur un peu illuminé. Au-delà de nos frontières, ce genre de qualificatif sont habituellement apposés à des musiciens tels que Beck, Ben Vaughn ou Alex Chilton. Par malheur, le jour où, en France, l'on considérera enfin Dominique A, Mathieu Boogaerts et consorts comme ces illustres défricheurs d'outre-Atlantique, les poules ne manqueront plus de dents. Il se peut d'ailleurs que, pour l'occasion, l'auteur de 2000 en fasse une chanson. En attendant, ce troisième album demeure un excellent moyen (peut-être le meilleur à ce jour) de découvrir l'univers de ce chanteur atypique, ici entouré d'une équipe aussi réduite qu'efficace. Épaulé par l'incontournable Renaud Letang (Manu Chao, Jean-Louis Aubert, Alain Souchon, Ginger Ale), Boogaerts dresse le bilan de ses trente premières années, de sa vie (sentimentale et autre), seul ou accompagné. Le ton, moins léger qu'il n'y paraît, rappelle parfois celui de son complice Dick Annegarn. La musique, débarrassée de toute naïveté (le gaillard semble avoir remisé au placard son Casio de supermarché), ressert les rangs autour d'une guitare acoustique, d'un piano et de quelques percussions bien senties. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter une oreille à la chanson intitulée Le Ciment, charmante biguine emprunte de bonne humeur et tube en puissance. Dans un pays qui ne rechignerait pas à se faire plaisir, il va de soi.
Renaud Paulik
MAGIC RPM  #64
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