Vingt-quatre ans d'existence et toutes leurs dents. Les Manic Street Preachers
reviennent en fanfare avec un dixième album triomphant, Postcards From A
Young Man, qui compte plusieurs interventions de leurs aînés et
mentors, et consacre par là leur entrée dans la cour des très (très) grands. Ce
blind-test est l’occasion de revenir sur les années de formation d’un
chanteur à la fois affable et passionné, James Dean Bradfield. [Interview Catherine Guesde].
James Dean Bradfield : Est-ce que c'est September Song ? Je la connaissais par cœur (Il rit.) Ian est venu faire un concert à Bristol en 1984. Richey (ndlr. Edwards, guitariste disparu), Sean (ndlr. Moore, batteur) et moi étions des fans inconditionnels – Richard avait d’ailleurs la même coupe de cheveux que Ian – et nous sommes allés l’écouter. C'est un souvenir impérissable, un peu comme un premier baiser : ça ne s’oublie pas. September Song était le premier single solo de Ian, et je me souviens avoir eu ce sentiment de fan désespéré, je pensais : "s’il vous plaît, dites-moi que cette histoire de split n’est qu’une fausse rumeur !". Cela dit, je m’y attendais. Ian parlait toujours du chant comme d’un instrument à part entière ; du coup, je n’étais pas étonné qu’il se lance dans une carrière solo. J’ai eu des sentiments partagés en écoutant ce titre. Tout en le trouvant excellent, je ne souhaitais qu’une chose : la reformation d’Echo And The Bunnymen.
Lorsqu’ils se sont réunis de nouveau, ils n’ont jamais retrouvé la fraicheur des débuts. La mort de Pete de Freitas les a réellement bouleversés, ce que je peux comprendre, puisque nous aussi nous avons perdu un membre. Mais cette perte n’a pas eu le même effet sur nous que sur eux. Pete était un batteur très original, dont le rôle était essentiel. Son décès a marqué un véritable tournant dans leur musique. Richey (Edwards) était surtout un excellent parolier, et Nick a pu prendre la relève parce qu’il avait déjà écrit avec Richard. Cela dit, nous n’aurions jamais pu enregistrer un album comme Holy Bible sans Richey. Le fait d’avoir Ian McCulloch dans notre studio pour Some Kind Of Nothingness était incroyable. Il correspondait totalement à l’image que je m’étais faite de lui en lisant des interviews. Il prend le chant très au sérieux, et sa voix épouse parfaitement notre musique. J’avais le sentiment qu’il faisait partie du groupe, c'était très étrange. Sur le plan humain, Ian est un personnage ambigu. Il sait toucher les points faibles des gens, et il est capable de broyer un homme par ses sarcasmes. Mais en un sens, cela me plaît bien.
Cet exercice commence à m’effrayer… C'est Duff Mc Kagan, n’est-ce pas ? (Il rit.) C'est lui qui nous a remis le Lifetime Achievement Award, aux Mojo Awards. Nous étions très impressionnés de le voir en chair et en os. Je n’ai jamais rencontré un gars aussi adorable et humble que lui. Sa simple présence est très apaisante. J'ai appris énormément de choses à son contact, pas tant sur le plan technique que sur le plan humain. Pour un Européen froid et cynique comme moi, être au contact d’un Californien détendu qui accepte les choses comme elles viennent peut être une bonne chose. Quand nous étions jeunes, The Clash n’étaient plus. Ils incarnaient tout ce qui nous tient à cœur : le glamour, la politique, l’agressivité. On les adorait, mais on ne pouvait pas se les approprier parce qu’ils n’existaient plus. On a résolu ce problème en trouvant deux entités qui récupéraient ces caractéristiques : Public Enemy pour leur engagement politique et leur agressivité, et les Guns N’Roses (dont Duff fit partie pendant treize ans avant de rejoindre Velvet Revolver) pour le côté paillettes.
On se disait que ces deux groupes réunis feraient la formation idéale, même si l’idée était complètement saugrenue. Un jour, Duff McKagan m’a demandé de jouer avec Velvet Revolver, et j'ai accepté, à une condition : qu’il participe à notre nouvel album. Il a dit oui avec bonhomie, en me précisant : «faut que tu l’admettes, mec, t’as besoin de moi», sur un ton tellement adorable que je n’en étais même pas vexé. Sa participation à ce morceau s’est faite à distance : il était aux Etats-Unis pendant que nous étions en Angleterre. On lui a envoyé ce que Nick avait prévu de jouer comme ligne de basse, en lui disant de faire ce qu’il voulait. Ce qu’il nous a renvoyé n’avait rien à voir. Il avait interprété la partition de Nick de façon très personnelle, un peu punk. Ce qui nous montre que le rock’n’roll est en fait un genre très subtil : les interprétations d’une même mélodie peuvent varier infiniment selon les musiciens.
Ce morceau est magnifique. Tu peux le laisser un peu ? Je me souviens que John Peel l’avait passé à la radio quand nous étions jeunes. A l’époque, il était impossible d’avoir accès à un disque avant sa sortie. Les chroniques étaient de ce fait totalement décisives. Pour ce disque de Felt, j’avais lu des histoires de « cathédrales de son » ; des critiques dithyrambiques qui faisaient rêver. Et pour une fois, la chanson était à la hauteur de sa description. Je n’ai jamais compris de quoi parle cette chanson. Lawrence comme Ian McCulloch savait s’approprier le langage pour l’utiliser à ses propres fins. Parfois on ne savait même pas si les textes avaient une quelconque signification ; c'était plutôt une utilisation expérimentale du langage qui visait à explorer les zones inconnues de l’âme.
Pour nous, faire des reprises est une façon de se changer les idées : on a généralement pas mal de pression avant d’entrer en studio, on veut se renouveler tout en restant à la hauteur… Les cover sont de véritables moments de récréation. Il n’y a eu qu’un seul cas où la reprise n’avait pas ce but : celles de McCarthy. Quand nous étions jeunes, ils étaient une influence essentielle pour nous. Un jour, nous nous sommes violemment disputés pour savoir si plus tard, nous serions comme eux ou comme les Guns’n’Roses. C'était un désaccord d’une telle violence que nous nous sommes presque séparés ! Du coup, nos reprises de McCathy étaient une sorte d’hommage à cette formation qui a joué un rôle essentiel pour nous.
James Dean Bradfield : Est-ce que c'est September Song ? Je la connaissais par cœur (Il rit.) Ian est venu faire un concert à Bristol en 1984. Richey (ndlr. Edwards, guitariste disparu), Sean (ndlr. Moore, batteur) et moi étions des fans inconditionnels – Richard avait d’ailleurs la même coupe de cheveux que Ian – et nous sommes allés l’écouter. C'est un souvenir impérissable, un peu comme un premier baiser : ça ne s’oublie pas. September Song était le premier single solo de Ian, et je me souviens avoir eu ce sentiment de fan désespéré, je pensais : "s’il vous plaît, dites-moi que cette histoire de split n’est qu’une fausse rumeur !". Cela dit, je m’y attendais. Ian parlait toujours du chant comme d’un instrument à part entière ; du coup, je n’étais pas étonné qu’il se lance dans une carrière solo. J’ai eu des sentiments partagés en écoutant ce titre. Tout en le trouvant excellent, je ne souhaitais qu’une chose : la reformation d’Echo And The Bunnymen.
Lorsqu’ils se sont réunis de nouveau, ils n’ont jamais retrouvé la fraicheur des débuts. La mort de Pete de Freitas les a réellement bouleversés, ce que je peux comprendre, puisque nous aussi nous avons perdu un membre. Mais cette perte n’a pas eu le même effet sur nous que sur eux. Pete était un batteur très original, dont le rôle était essentiel. Son décès a marqué un véritable tournant dans leur musique. Richey (Edwards) était surtout un excellent parolier, et Nick a pu prendre la relève parce qu’il avait déjà écrit avec Richard. Cela dit, nous n’aurions jamais pu enregistrer un album comme Holy Bible sans Richey. Le fait d’avoir Ian McCulloch dans notre studio pour Some Kind Of Nothingness était incroyable. Il correspondait totalement à l’image que je m’étais faite de lui en lisant des interviews. Il prend le chant très au sérieux, et sa voix épouse parfaitement notre musique. J’avais le sentiment qu’il faisait partie du groupe, c'était très étrange. Sur le plan humain, Ian est un personnage ambigu. Il sait toucher les points faibles des gens, et il est capable de broyer un homme par ses sarcasmes. Mais en un sens, cela me plaît bien.
Cet exercice commence à m’effrayer… C'est Duff Mc Kagan, n’est-ce pas ? (Il rit.) C'est lui qui nous a remis le Lifetime Achievement Award, aux Mojo Awards. Nous étions très impressionnés de le voir en chair et en os. Je n’ai jamais rencontré un gars aussi adorable et humble que lui. Sa simple présence est très apaisante. J'ai appris énormément de choses à son contact, pas tant sur le plan technique que sur le plan humain. Pour un Européen froid et cynique comme moi, être au contact d’un Californien détendu qui accepte les choses comme elles viennent peut être une bonne chose. Quand nous étions jeunes, The Clash n’étaient plus. Ils incarnaient tout ce qui nous tient à cœur : le glamour, la politique, l’agressivité. On les adorait, mais on ne pouvait pas se les approprier parce qu’ils n’existaient plus. On a résolu ce problème en trouvant deux entités qui récupéraient ces caractéristiques : Public Enemy pour leur engagement politique et leur agressivité, et les Guns N’Roses (dont Duff fit partie pendant treize ans avant de rejoindre Velvet Revolver) pour le côté paillettes.
On se disait que ces deux groupes réunis feraient la formation idéale, même si l’idée était complètement saugrenue. Un jour, Duff McKagan m’a demandé de jouer avec Velvet Revolver, et j'ai accepté, à une condition : qu’il participe à notre nouvel album. Il a dit oui avec bonhomie, en me précisant : «faut que tu l’admettes, mec, t’as besoin de moi», sur un ton tellement adorable que je n’en étais même pas vexé. Sa participation à ce morceau s’est faite à distance : il était aux Etats-Unis pendant que nous étions en Angleterre. On lui a envoyé ce que Nick avait prévu de jouer comme ligne de basse, en lui disant de faire ce qu’il voulait. Ce qu’il nous a renvoyé n’avait rien à voir. Il avait interprété la partition de Nick de façon très personnelle, un peu punk. Ce qui nous montre que le rock’n’roll est en fait un genre très subtil : les interprétations d’une même mélodie peuvent varier infiniment selon les musiciens.
Ce morceau est magnifique. Tu peux le laisser un peu ? Je me souviens que John Peel l’avait passé à la radio quand nous étions jeunes. A l’époque, il était impossible d’avoir accès à un disque avant sa sortie. Les chroniques étaient de ce fait totalement décisives. Pour ce disque de Felt, j’avais lu des histoires de « cathédrales de son » ; des critiques dithyrambiques qui faisaient rêver. Et pour une fois, la chanson était à la hauteur de sa description. Je n’ai jamais compris de quoi parle cette chanson. Lawrence comme Ian McCulloch savait s’approprier le langage pour l’utiliser à ses propres fins. Parfois on ne savait même pas si les textes avaient une quelconque signification ; c'était plutôt une utilisation expérimentale du langage qui visait à explorer les zones inconnues de l’âme.
Pour nous, faire des reprises est une façon de se changer les idées : on a généralement pas mal de pression avant d’entrer en studio, on veut se renouveler tout en restant à la hauteur… Les cover sont de véritables moments de récréation. Il n’y a eu qu’un seul cas où la reprise n’avait pas ce but : celles de McCarthy. Quand nous étions jeunes, ils étaient une influence essentielle pour nous. Un jour, nous nous sommes violemment disputés pour savoir si plus tard, nous serions comme eux ou comme les Guns’n’Roses. C'était un désaccord d’une telle violence que nous nous sommes presque séparés ! Du coup, nos reprises de McCathy étaient une sorte d’hommage à cette formation qui a joué un rôle essentiel pour nous.