J'ai toujours aimé les Manics. Une fois passée l'excitation des grands débuts (Motown Junk, soirée Heavenly à La Locomotive, You Love Us, Stay Beautiful) et face au ratage de leur entreprise de conquête globale, les Manic Street Preachers, tout en suscitant la polémique chez nos cousins britons pour mieux se heurter à l'indifférence ailleurs, ne semblaient plus aspirer qu'au statut d'honnête groupe de rock. C'était sans compter sur la disparition du guitariste et parolier Richey Edwards. Ce quatrième album est donc leur premier sans celui pour qui la torture valait conscience, mais avec un nouveau membre aux claviers. C'est sans doute grâce à ce dernier que de vrais violons enregistrés à Abbey Road réussissent à sonner parfois comme des synthés. Heureusement, là n'est pas l'essentiel. Les guitares n'hésitent pas à déraper dans l'excès, le batteur se prend pour Keith Moon et le chanteur s'époumone comme si chaque chanson était la dernière. N'empêche, ce disque est maîtrisé de bout en bout, aucune chanson n'est à jeter. Si A Design For Life peut apparaître comme un choix de single contestable, Small Black Flowers... aurait difficilement fait mieux l'affaire. Guettez Kevin Carter ou The Girl Who Wanted sur les ondes si vous croyez aux miracles mais dites-vous bien que ceux qui saluent Woody Allen pour son film le plus bergmanien (Interiors) viennent de réaliser leur meilleur album. Sans Richey.