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Untouchable Sound
archive mag avril 2006
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À l'heure où la réputation d'un groupe se forge davantage sur Internet que sur scène, la parution posthume du troisième album live de Make Up relève forcément du pur plaisir d'initiés. Et bien que l'on imagine mal ce disque rétablir certaines vérités immuables sur le don de soi inhérent au rock'n'roll, on ne peut que s'ébahir devant son aptitude à y parvenir. Make Up reste dans son genre le groupe le plus important à avoir vu le jour depuis les séminaux Cramps, et ne pas l'avoir vu sur scène relève (au minimum) de la négligence la plus élémentaire. Que Ian Svenonius, improbable croisement entre Iggy Pop, Jim Morrison et James Brown, n'ait jamais eu accès au quart de la popularité d'un seul des trois doux dingues précités relève dès lors de l'injustice flagrante. Épaulé par une section rythmique à la fois soul, lourde et élastique (dont les préceptes infusent les oeuvres de l'excellent duo Coco), un orgue et une guitare à se fracasser la tête contre les murs (entre Love, Birthday Party, Stooges et Tamla Motown), le chanteur fou s'est toujours concentré, comme Elvis Presley, sur une zone située entre les tripes et le bas-ventre. Une simple écoute du phénoménal Born On The Floor suffit à s'en convaincre. Enregistré lors de l'ultime tournée du groupe sur la scène du Black Cat Club (Washington DC, base du quatuor), le bien nommé Untouchable Sound fait logiquement la part belle à Save Yourself, son dernier Lp (et accessoirement le plus faible) avant le clash final. C'est d'ailleurs toute la force de Untouchable Sound que de réévaluer à la hausse des titres tels que I Am Pentagon, The Bells ou Call Me Mommy. Aussi excitant sur scène que The Rolling Stones il y a quarante ans (!), Make Up captait instantanément l'attention du public (Every Baby Cries The Same, Hey! Orpheus), entretenant avec celui-ci un contact pour le moins direct, au fin fond de bars minuscules comme dans les salles de concerts les plus conséquentes. Marchant sur la foule comme d'autres sur les eaux, le prêcheur Svenonius, la troublante Michelle Mae et le brillant guitariste James Canty ont écrit un chapitre méconnu de l'histoire de la musique électrique, qu'il convient de (re)découvrir à la faveur de ce disque fiévreux, habité, bref intouchable.
RENAUD PAULIK
article extrait de :
MAGIC RPM #99
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