On aura souvent eu l'occasion de remercier Madonna. D'avoir ouvert la voix aux Cat Power/Lil' Kim/Spice Girls, passionné les foules par ses colorations capillaires/collections d'amants/collaborations ingénieuses, et, surtout, donné le jour aux bijoux pop Into The Groove/Holiday/Lucky Star. Aujourd'hui, il faudra tout simplement se prosterner. Car Madonna a eu raison de sa crise de la quarantaine, déjà mise à mal par un Ray Of Light audacieux, en ouvrant un pari aussi risqué que celui de Music. Lequel repose sur une recette limpide : prenez deux producteurs inspirés, en l'occurrence Mirwais et William Orbit, attelez-les à un même projet, et devinez qui aura le dessus. Résultat : une surenchère de trouvailles en matière de production, étirée sur tout l'album, bref, une nouvelle bible pour aspirant bidouilleur. Si Orbit prolonge un peu l'effet Ray Of Light avec Runaway Lover, ou même Amazing, aux accents explicites de Beautiful Stranger, l'ambiance est à la moiteur, aux déhanchements incertains plutôt qu'à l'habituel coup de rein assuré. Dans l'histoire, c'est bien entendu Mirwais qui gagne par KO. Le magicien lifteur guide Madonna vers des sentiers vierges, soit la ballade pop à guitares, pendant un I Deserve It à faire pâlir la PJ Harvey de Plants And Rags, ou le r'n'b, par le biais de la fabuleuse comptine Music. Sans oublier un Paradise (Not For Me) à pleurer, et le bien nommé Impressive Instant, chef-d'oeuvre de sauvagerie fiévreuse. Seuls regrets, Nobody's Perfect, copie carbone de Paradise (Not For Me), se trouve un peu lesté par l'utilisation du vocoder, et la présence de la locomotive mercantile American Pie détonne légèrement dans un paysage aussi radieux. Gageons que l'on ne cessera de célébrer ce Music (For Girls?). Jusqu'au prochain Madonna, en tout cas.