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I Know Electrikboy

archive mag janvier 2000
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Ce matou-là, fou ou bien prénommé Felix, n'en est pas moins au milieu des années 80 un des pionniers de la scène house de Chicago, avant de devenir au début de la dernière décennie un stakhanoviste de la production pour une flopée de labels comme Soma, R&S, Deep Distraction... Celui qui était alors Felix Da Housecat disparut ensuite un temps de la circulation pour mieux revenir aujourd'hui en Maddkatt Courtship (les ayant droits de la bande dessinée Felix Le Chat le harcelaient un peu trop à son goût) et place aujourd'hui la barre très haut. Les Daft Punk avaient déjà tout compris et synthétisé, Felix (c'est son vrai prénom) en remet une couche supplémentaire. Lui rajoute à un mélange de disco, de Prince et de techno devenus habituels, une bonne dose d'électropop robotique "so 80's", tout bonnement empruntée à Depeche Mode ou Human League, épicée pour faire bonne mesure de quelques giclées glacées de synthétiseurs issus tout droit des films de John Carpenter. D'un point de vue strictement cinématographique, l'auditeur persuadé d'avoir affaire à un simple film d'action entre dancefloor et chambre à coucher se retrouve en fait au croisement de Midnight Express et New York 1997 avec un soupçon de Bladerunner. À l'écoute de la trilogie infernale destinée aux clubs que sont Cosmic Pop (les Daft Punk sont-ils des "replicants" ?), My Fellow Boppers (à l'aéroport d'Istanbul, prenez garde à l'intervalle existant entre le dancefloor et l'avion) et Strobe (est-ce vraiment un poison qu'on a injecté à Snake Plisken pour aller délivrer le président ?), impossible de rester de marbre. Open Air réussit l'exploit d'amener, sans violence ni fracas, l'atmosphère des clubs britanniques pour lesquels Maddkatt a cachetonné dans la première moitié des 90's jusque dans votre salon. Mais, le plus symptômatique, c'est de constater que le "filleul" de Dj Pierre, qui a contribué dans le sillage de ce dernier à l'élaboration d'une musique du futur devenue désormais omniprésente (la house et ses dérivés underground ou dance commerciale), se retourne sur une époque datée par le son bien mieux que ne saurait le faire n'importe quel Carbone 14. Heureusement, ce Dj ami des félidés qui a si bien su retomber sur ses pattes réussit la prouesse de reporter son savoir-faire dans la production de cet album, aidé par des amis répondant aux doux noms de Tyrone Palmer et Harrison Crump. Surtout, cet I Know Electrikboy tend à indiquer par son seul titre que le fameux revival 80's n'est pas qu'un délire de petit blanc à la Jacques Lu Cont ou DMX Krew mais touche également une partie non-négligeable des artistes noirs américains. Ils ont grandi avec Michael Jackson puis ont appris à jouer de la musique avec Prince Roger Nelson (Strange Wonder) tout en étant conscients des emprunts effectués par les champions blancs des charts du monde entier au patrimoine "black" (Zone 2 Nite sonne ainsi aux oreilles des plus pervers d'entre nous comme une version du Made For Loving You de Kiss revisité par Dead Or Alive). Pourtant, à l'inverse, le préhistorique Giorgio Moroder, producteur blanc italo-allemand, donc éminemment européen pour les Américains qui trouvera sa voie grâce à Donna Summer, chanteuse à la peau noire, a apposé sa marque sur toute une génération par ailleurs éveillée à Kraftwerk via Afrika Bambaataa. Attention, nulle trace de thèse post-Baudrillard ici, mais un album jouissif, parfois gentiment crétin (la drum'n'bass musclée et acide de Jetsetta, la techno de Clashbackk 2000, seuls morceaux résolument antipop) et particulièrement recommandé dans sa version vinyle. Enfin, les sucreries pop habilement placées en ouverture, comme My Life Muzik, qui conclue également l'affaire et fout ainsi gravement la honte de bout en bout aux Rythmes Digitales, et Where Is Your Past, qui incite à se précipiter sur l'intégrale de... Visage, sont autant de raisons qui rendent ce disque indispensable.

Joël Tanter

magazine num 37 article extrait de :
MAGIC RPM #37


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