C’est pas
tout le monde qui écrit l’une des plus belles chansons d’amour jamais
entendues. Le genre de titre qui rappelle que le cœur e une mémoire, et que
lorsque résonnent certaines notes, lorsque s’égrènent certaines paroles, il ne
faut pas oublier de pleurer. Poison Cup,
le morceau d’ouverture du précédent disque de M. Ward, était de cette veine
(ouverte, forcément).
Histoire de nous aider à ranger les couteaux, pour débuter son sixième Lp, le bonhomme à la plume de paon a choisi une entrée en matière moins dramatique. Les fourmillements d’accords de For Beginners, les chœurs aimants de Zooey Deschanel Gibbard sur Never Had Nobody Like You, la ritournelle qui tournoie en trombe Jailbird : en trois chansons initiales peuplées de tendresse, d’un swing irrésistible et de claquements de mains, le ton est donné. Et la messe est dite.
Devenu l’un des points névralgiques du folk américain, M. Ward étend ici son omniscience avec l’efficience d’un maître d’armes sûr de son geste. Cette acoustique sépia, pure et simple, ce voltage vintage si particulier, à la fois léger et surpuissant, cette batterie qui vous prend la main et la gifle dans le même battement, ces mille doigts graciles qui pincent la corde en chopant l’âme au passage, ce chant à la sensualité spectrale… Les éléments s’assemblent avec une facilité désarmante, mais le mode d’emploi demeure dans la seule escarcelle de M. Ward. Aller à l’essentiel en empruntant les plus beaux et biscornus détours du monde, voilà le tour de force d’un songwriter supérieur qui s’ancre viscéralement dans la tradition des musiques en bois tout en nimbant chaque accord d’un singulier mystère.
Materné par cette science de l’évitement salvateur, chaque morceau devient périple, du boogie woogie électrisé jusqu’à la moelle To Save Me, avec son balancement bastringue et les accents trognons de Jason Lytle, à la country crépusculaire de One Hundred Million Years ou Oh Lonesome Me (la slide à la barre et Lucinda Williams sur le pont) en passant par la sécheresse d’une Outro western. Et quand la rengaine élancée Rave On (où la surexcitante Zooey fait son comeback au milieu des cloches) se prélasse au sein d’un halo de chaleur, Stars Of Leo rajoute un rayon au soleil. Une géniale ritournelle à étages qui commence dans le dénuement d’une campagne normande avant de voir débarquer les guitares comme les Américains en juin 1944, pas peu fières de leur trouée euphorisante.
L’intermède en suspension Hold Time, paré de nappes de violons qui louvoient comme des fantômes perdus, incarne lui la nostalgie avec une justesse rare et poignante. Le Poison Cup de ce nouveau disque peut-être, à moins qu’il ne s’agisse de Blake’s View, qui nous blottit dans son intimité avec une telle fragilité que le moindre craquement de voix ou de corde fait tressaillir l’attention. Voilà peut-être l’essentiel finalement : cette évidence de tous les instants, ces mélodies mystifiantes, cet instinct pop aussi naturel… qu’un besoin d’amour. On y revient encore, et on y reviendra toujours.
Histoire de nous aider à ranger les couteaux, pour débuter son sixième Lp, le bonhomme à la plume de paon a choisi une entrée en matière moins dramatique. Les fourmillements d’accords de For Beginners, les chœurs aimants de Zooey Deschanel Gibbard sur Never Had Nobody Like You, la ritournelle qui tournoie en trombe Jailbird : en trois chansons initiales peuplées de tendresse, d’un swing irrésistible et de claquements de mains, le ton est donné. Et la messe est dite.
Devenu l’un des points névralgiques du folk américain, M. Ward étend ici son omniscience avec l’efficience d’un maître d’armes sûr de son geste. Cette acoustique sépia, pure et simple, ce voltage vintage si particulier, à la fois léger et surpuissant, cette batterie qui vous prend la main et la gifle dans le même battement, ces mille doigts graciles qui pincent la corde en chopant l’âme au passage, ce chant à la sensualité spectrale… Les éléments s’assemblent avec une facilité désarmante, mais le mode d’emploi demeure dans la seule escarcelle de M. Ward. Aller à l’essentiel en empruntant les plus beaux et biscornus détours du monde, voilà le tour de force d’un songwriter supérieur qui s’ancre viscéralement dans la tradition des musiques en bois tout en nimbant chaque accord d’un singulier mystère.
Materné par cette science de l’évitement salvateur, chaque morceau devient périple, du boogie woogie électrisé jusqu’à la moelle To Save Me, avec son balancement bastringue et les accents trognons de Jason Lytle, à la country crépusculaire de One Hundred Million Years ou Oh Lonesome Me (la slide à la barre et Lucinda Williams sur le pont) en passant par la sécheresse d’une Outro western. Et quand la rengaine élancée Rave On (où la surexcitante Zooey fait son comeback au milieu des cloches) se prélasse au sein d’un halo de chaleur, Stars Of Leo rajoute un rayon au soleil. Une géniale ritournelle à étages qui commence dans le dénuement d’une campagne normande avant de voir débarquer les guitares comme les Américains en juin 1944, pas peu fières de leur trouée euphorisante.
L’intermède en suspension Hold Time, paré de nappes de violons qui louvoient comme des fantômes perdus, incarne lui la nostalgie avec une justesse rare et poignante. Le Poison Cup de ce nouveau disque peut-être, à moins qu’il ne s’agisse de Blake’s View, qui nous blottit dans son intimité avec une telle fragilité que le moindre craquement de voix ou de corde fait tressaillir l’attention. Voilà peut-être l’essentiel finalement : cette évidence de tous les instants, ces mélodies mystifiantes, cet instinct pop aussi naturel… qu’un besoin d’amour. On y revient encore, et on y reviendra toujours.