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Entrevue - 15/12/10 de Lykke Li

interviews
On a quitté Lykke Li à 22 ans, un premier essai encensé sous le bras, une nuée de featurings qui s’en suivent, et des concerts éloquents où la Suédoise parade étrangement. Trois ans après, c'est une Lykke sûre d'elle qui nous parle de Wounded Rhymes, son deuxième album à paraître en mars prochain avant une tournée mondiale qui fera un crochet parisien par la Cigale le 21 avril. [Interview Emilien Villeroy].


Magicrpm.com : Comment sonne Wounded Rhymes ?
Lykke Li : C'est compliqué à exprimer comme ça… Disons qu’il y a beaucoup d'orgues, de percussions, de nappes sonores. Je crois que je voulais vraiment quelque chose d’organique, quelque chose de plus cru, de plus brut... Et je trouve le résultat assez incroyable pour être honnête !

Le résultat est donc plus rude au niveau du son ?
Oui, définitivement. Je déteste quand on essaie de corriger les erreurs à force d’astuces. J'aime quand les choses restent authentiques, quitte à ce qu’elles soient imparfaites. Pour la plupart des chansons, on a regroupé tout le monde dans une même pièce, mes musiciens et moi, et on a tout enregistré en live. C’est un bon moyen de conserver l’émotion originelle et cette intensité rêche qui peut survenir lorsque des textes un peu chargés sont prononcés. À vrai dire, j'ai simplement réalisé l'album que je voulais faire, après, c'est aux auditeurs de mettre des étiquettes dessus. Je peux juste dire que tout le disque ne ressemble pas à Get Some, ce n'est qu'un fragment au milieu de onze autres. Chaque piste me paraît bien distincte les unes des autres, même si dans le fond, j’ai tenté le coup du concept album.

Ah oué ?
Oué, j'aime bien présenter le LP comme un ensemble cohérent : les onze chansons s’articulent autour d’un seul axe. Tu ne peux rien retirer à l’univers imaginé, rien ajouter, rien modifier : tout est imbriqué et répond à un certain équilibre. Cela étant dit, sur le plan des paroles, il n'y a pas vraiment de fil conducteur…

Ah. Quand on voit le clip de Get Some, on ressent une volonté de changer d'image...
Oui, totalement, j'essaie toujours d'avancer, de changer. Tout ce que je fais est une réaction par rapport à ce que j'ai pu faire auparavant. En tant que personne, je vais toujours de l'avant et je change, c'est naturel chez moi. Mais il faut savoir que pour le clip de Get Some, je rentre dans un personnage, je ne suis pas habillé avec ces fringues-là dans la vie de tous les jours ! L'idée, c'était de me transformer en véritable dominatrice, en battante qui n'a peur de rien.

Et c'est un sentiment qui court sur tout le disque ?
Non, pas du tout. C'était juste comme ça, pour une fois. Au milieu de l’enregistrement, j’ai voulu faire quelque chose de fou, de drôle, qui me permettrait de me plonger dans un travail plus conceptuel et visuel. Mais tout l’album n’est pas du tout sur ce ton-là.

Dans les paroles très froides de Get Some, il y a un message féministe ?
Oui, évidemment. Elles parlent de la notion de pouvoir masculin dans un monde aussi sexiste que le notre, et du fait que je refuse de me laisser enfermer dans une case. Souvent, les gens te réduisent à un certain rôle, te demandent de faire une jolie petite danse parce qu'ils attendent ça de toi, parce qu’il ne faut pas trahir leur vision macho. Moi, je réclame l'égalité, que ce soit dans le monde de la musique ou en général. Les mâles dominants sont partout. Toutes mes idoles en sont d’ailleurs : Iggy Pop, Alan Vega, Prince… Ce sont des mecs qui ont une putain de classe et font exactement ce dont ils ont envie, sauf que dès qu'une femme essaie de montrer la même force, elle est simplement réduite au rang de « sex symbol »… C'est dégueulasse. Moi je veux être comme eux. C'est donc une déclaration profondément féministe, oui.

Est-ce aussi une réaction face à certaines choses qui ont pu être dites sur vous au moment de votre premier essai ?
Le fait que je sois une femme n'a jamais été une difficulté pour moi, mais il est vrai que j'ai été traitée de manière tout à fait sexiste, et je pense que je le serai encore avec cet album. On va me comparer avec des artistes féminines qui n’ont rien à voir, uniquement parce qu'elles ont le même sexe. On va parler de mon look, de ma manière de danser ou encore de la texture de ma voix, mais jamais de mes paroles ou du message que j'essaie de faire passer en tant qu'artiste. Les gens jugent beaucoup trop vite les femmes, que ce soit en une écoute ou en un clin d'œil, et ils ne vont jamais chercher plus loin. Par exemple, j'ai la voix que j'ai, je ne pourrais jamais chanter comme Leonard Cohen, même si j'en avais l’envie. La question est donc : comment puis-je prouver ma force avec cette voix très juvénile, complètement en contradiction avec ce que je suis, là où certains chanteurs dénués de caractère passent pour des monstres de virilité simplement parce que leur timbre est imposant. C'est une situation un peu complexe…

Vous avez essayé de travailler votre voix ?
Non, mais j'imagine qu'elle a peut être subi le contrecoup des tournées, de l'alcool, de la cigarette, de la vie, de toutes ces choses qui l'abiment naturellement.

  Lykke Li - Get Some (Mike D Remix)



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