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Lush a été l'un des groupes les plus scandaleusement sous-estimés de ces dernières années. Issu de la "calamiteuse" vague noisy-pop, au cours de laquelle beaucoup de noms reconnus aujourd'hui ont pourtant trouvé leurs marques (Blur, Moose, Boo Radleys, Verve...), Lush n'a pas été épargné par l'inévitable retour de bâton dont les Anglais sont friands. Ainsi mis entre parenthèses dès la sortie de Spooky, premier album pas assez personnel, le groupe a poursuivi, à l'instar de Moose, un parcours exemplaire malheureusement (?) occulté par les médias. Pourtant, bien au-delà d'un simple "groupe de filles à la mode", Lush disposait dès le début de qualités essentielles : fulgurances pop, harmonies en pagaille, légèreté douce-amère, fraîcheur aérienne des voix entrecroisées. Seule une trop grande timidité de la production avait empêché Miki et Emma, songwritrices de charme, d'exprimer pleinement leurs idées. Eh bien, voilà qui est chose faite avec ce superbe Lovelife, troisième album de la prise de confiance. Les fins de liaisons ont toujours été un thème majeur des chansons de Lush. Cependant, alors qu'on les sentait auparavant subir désemparées la situation, Miki et Emma abordent aujourd'hui la rupture en vainqueurs. Elles ont appris l'art de claquer la porte avec panache et savent maintenant se faire cruellement regretter, sûres de leur pouvoir. De victimes, elles sont devenues bourreaux et leur orientation musicale s'en ressent : loin de subir les tendances, Lush a su, grâce à sa mise à l'écart, se forger progressivement un style propre. Ainsi, ce disque marque l'abandon du maquillage des voix, avec une Miki surprenante et saisissante dès le percutant Ladykillers d'introduction, Emma n'hésitant pas non plus à se dévoiler sur de majestueuses pièces quasi-acoustiques. De même, on est d'entrée frappé par la clarté de la production. Chaque instrument est distinct et espacé et l'apport bienvenu de subtils arrangements de cordes ou même de trompettes (I've Been Here Before) confèrent à ce disque une dimension cinématographique et épique qui ramène directement à certaines productions de l'âge d'or de la pop (Last Night, Olympia). Enfin, n'oublions pas les attractions principales, soient Single Girl, tube direct et pur sucre, et surtout Ciao!, délicieux duo countrysant où Miki tient tête sans complexe à Jarvis Cocker en personne ! Mine de rien, voici l'album qui permet à Lush d'acquérir officiellement le statut rare et envié de Grand Groupe Pop.
Fabrice Desprez
MAGIC RPM  #7
article extrait de :
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