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La Vie Presque de Luke

chronique d'album
Un patronyme de freLuket, presque enfantin, qui plus est griffonné au marqueur sur la pochette, dans des cases laissées vacantes... Voilà un manque d'affirmation caractéristique, presque un geste commis en cachette, qui serait assez coutumier d'un groupe qui publie son premier album, d'autant que, même si l'on a peine à le croire, il s'agit effectivement d'un premier album. La Vie Presque (incertitude de ces cinq jeunes gens, là encore) dessine pourtant le portrait d'un groupe qui semble avoir acquis une maturité incroyable. La voix retenue de Luke, qui semble sortir avec appréhension de la gorge de son chanteur Thomas Boulard, délivre des mots en forme de petites interjections pourtant extrêmement précises. Tel un jeune homme apeuré qui n'en revient pas d'avoir osé faire sortir quelques gestes de défi de sa bouche, le garçon délivre en pointillé une vue en coupe très cinglante d'un état du monde désenchanté, l'exercice favori d'un rock français qui prend la peine de réfléchir sans agacer. Par quel miracle ne tombe-t-il jamais dans le verbeux ou l'appuyé ? "J'aurais aimé te plaire/Avoir un corps un peu plus vendeur", peut-on entendre. Pourtant, pas une mélodie ici ne bégaie sur l'autre au cours de ce disque fiévreux et inspiré de bout en bout. Luke a-t-il seulement conscience que ses guitares, incroyablement fluides, tout en sachant rester incisives et inquiètes, sont capables de porter loin et partout cette voix inquiète ? Celle-ci sait sans doute très bien ce qu'elle veut et s'échappera vite des tourments post-adolescents qu'elle décrit. Don't Luke back !
Julien Welter
MAGIC RPM  #55
article extrait de :
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