C’est ce qu’on appelle un grand bond en
avant. Pour son deuxième album, Luke Temple a chaussé ses bottes de sept lieues
et traverse des paysages incroyables que ne laissait en rien présagé le beau
mais convenu Hold A Match For A Gasoline
World (2006). L’incroyable voix du New-Yorkais méritait mieux qu’une pop
tranquillement assise sur sa guitare acoustique, sagement installée entre les
figures marquantes du genre. Tout en claviers et rythmiques sophistiquées, ses
chansons utilisent désormais avec parcimonie ces étranges survivances
historiques que sont le banjo ou la guitare, dispensés en une fine pluie
d’arpèges discrets qui prennent place harmonieusement dans un élégant
assemblage de sons synthétiques et organiques. Limpides et imprévisibles comme
un torrent de montagne, les mélodies ont la séduction lente mais sûre des plus
grandes, portées par le chant renversant du jeune homme, d’une amplitude
cristalline qui évoque volontiers un Tim Buckley délesté de tout maniérisme,
capable de rester en réserve si la chanson l’exige. Tout autour, c’est un
foisonnement d’arrangements inventifs, qui font beaucoup avec peu :
claviers, flûte, chœurs, rythmiques incroyables sur l’extraordinaire Family Vacation ; banjo,
synthétiseurs et boucles sur Where Is
Away. Toujours en balancement entre limpidité mélodique de morceaux qui
frôlent le folk (Medicine) ou qui
inventent une soul moderne sans équivalent (Serious),
et incursions expérimentales, Snowbeast
est un disque passionnant et attachant, arborant sa modernité avec humilité et
chaleur. Histoire de rappeler que celle-ci ne se love pas uniquement dans les
rythmiques concassées ou les claviers acides, Luke Temple a placé au cœur de Snowbeast une chanson proprement
stupéfiante, un gospel antédiluvien où sa voix divine s’accompagne d’une simple
guitare acoustique et d’un piano. “Giving
love is all you’ve got to give: on prend.