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Portrait - Luke Haines de Luke Haines

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Le mois de décemb' venu, l'heure des bilans carillonne à tous les étages. Vous connaissez déjà une partie de notre tableau d'honneur des albums, singles et autres groupes de 2009, le détail restant à découvrir dans le cinquième volume de Hors-série 365 Chroniques actuellement en kiosque. Dans ce même numéro, vous trouverez aussi les portraits de nos dix personnalités de l'année, de Dayve Hawk à Benjamin Biolay en passant par Steve Beckett, Caroline Polachek, Mark Linkous ou... Luke Haines ! Nous y voilà. Voici le profil nourri de la plus glorieuse langue de vipère britannique.

S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là. Alors même que le Landerneau londonien ne cesse de bruisser des rumeurs plus ou moins pathétiques de reformations, soigneusement entretenues par les réservistes du crétacé de la britpop, Luke Haines se contente de faire discrètement résonner quelques ricanements aussi pertinents que sarcastiques. Il est vrai que les saillies discographiques ou littéraires de l’ancien leader de The Auteurs sont d’autant plus appréciables que le venin qu’elles recèlent apparaît paradoxalement comme le seul antidote valable à la profusion d’autocélébrations mercantilo-nationalistes en provenance des anciennes gloires du blairisme musical triomphant. Tout au long de 2009, les seconds couteaux ont déjà commencé à cachetonner sévère (Shed Seven) alors même que les stars de premier plan (Blur, Suede) ont entamé les négociations préalables au grand cirque de la réconciliation programmée pour l’année à venir.

De leur côté, les frangins Gallagher ont eu recours, pour tenter de squatter les unes, à leur stratégie éculée de l’engueulade spectaculaire en coulisse suivie d’une bonne brouille méticuleusement médiatisée. Une pantalonnade qui, à force de se répéter depuis 1994, n’amuse plus personne et trouble à peine l’humeur des spectateurs franciliens de Rock en Seine, ponctuellement déçus d’ingurgiter une double ration de Madness remonté sur scène pour pallier la défection des couillonno-mancuniens. Rangé à son corps défendant parmi les précurseurs du vrai-faux phénomène britpop, Haines le bien nommé a sans doute contemplé ces péripéties pathétiques avec la distance et la lucidité qui le caractérisent. Après avoir lui-même prononcé son propre avis de décès (Luke Haines Is Dead, 2005), et toujours prompt à l’algarade, il s’est acharné sur le cadavre de ses rivaux abhorrés.

Dans une autobiographie d’une causticité décapante (Bad Vibes: Britpop And My Part In Its Downfall), il se saisit d’un scalpel trempé dans l’encre et le fiel pour autopsier tous les travers et le ridicule de ses contemporains et confrères. Avec une malveillance et une mauvaise foi désopilante, il s’est livré à l’un des plus beaux jeux de massacre qu’il nous ait été donné de parcourir depuis bien longtemps. De retour en studio en fin d’année, ce génial misanthrope a également réalisé un échantillon sonore tout à fait convaincant de ses méditations caustiques et désabusées sur la modernité (21st Century Man). On y croise, pêle-mêle, quelques hommages bien sentis à ses héros solitaires et caractériels (Peter Hammill, Klaus Kinski) et des références mi-provocatrices, mi-fascinées aux errements bruns et rouges de la société allemande (Achtung Mutha). À la bonne heure ! Un homme capable de s’autoproclamer sans ciller l’“Albert Speer de la britpop” (sans oublier d’ajouter : “Hitler, c’est plutôt Damon Albarn”) méritait bien nos éloges, notre aval et notre immense considération !
Etienne Greib & Mathieu Grunfeld


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