À l'instar de Valérie Solanas (dont il a emprunté le nom pour son certificat de mariage), Luke Haines clame I Shot Sarah Lucas, prenant comme tête de turc la petite dernière des Young British Artists à peupler les clubs privés de Londres. Attaque amusante, certes, mais qui n'aura aucun sens pour l'auditeur ne s'étant jamais fait refouler à l'entrée du Groucho Club un soir de vernissage. Car Haines, au long de ce premier véritable album solo, s'attaque au milieu insulaire et nombriliste des nuits londoniennes en revendiquant une philosophie relevant de l'anar et des morales victoriennes. Étrange mélange, donc, mais pas aussi difficile à faire passer que le méli-mélo d'influences mal digérées qui forment The Oliver Twist Manifesto. Dans la série "Luke fait du hip hop", voici donc Oliver Twist (qui ressemble plus à du mauvais New Order) ou une Discomania sauce electro qui prend des sonorités de générique d'Inspecteur Gadget. Si l'album vaut tout de même le détour pour entendre Mr Haines rimer "ne travailler jamais" avec "Saint-Germain Des Près" (ndlr : et en très mauvais français dans le texte), le fan de The Auteurs et autres Black Box Recorder restera sur sa faim avec ce pastiche de concept-album et ses gestes auto-indulgents. Haines se prend pour un Dickens vengeur, une figure salvatrice (voir Christ, au titre évocateur), mais s'en prend à un tel microcosme social qu'on se demande si cette traque à l'artiste prétentieux sera comprise et même perçue en dehors de Soho ou de Shoreditch. Luke, c'est peut-être toi qui devrais arrêter de te regarder le nombril.