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Off My Rocker At The Art School Bop de Luke Haines

chronique d'album
La mémorable anthologie parue l'an passé l'affirmait crânement : Luke Haines Is Dead. Notre tort aura été de ne pas prendre au sérieux ce titre provocateur, aujourd'hui validé par un nouvel album solo étrange : Luke Haines est bien mort et immédiatement ressuscité sous les traits de sa propre caricature ! Off My Rocker At The Art School Bop tient à peu près la route, mais ploie sous le poids d'obsessions ressassées jusqu'à l'écoeurement : le franc-tireur acariâtre déteste l'Angleterre telle qu'elle se rêve, la vénération pour la musique pop, ses contemporains et le bon goût. Un mépris à peine dissimulé dans les tiroirs à double-fond de paroles sarcastiques et dans une musique bizarrement lisse. Seul aux commandes, Haines tient chaque instrument. Rythmiques serrées héritées des années 80, guitares acérées héritées de The Auteurs, synthétiseurs un peu moches, choeurs, claviers aigrelets font une pop en plastique souvent efficace (le single electro pop Off My Rocker At The Art School Bop, le putassier Leeds United), quoique étrangement anachronique. Pour profiter pleinement du disque, il est conseillé de lire les paroles dans le livret puis de solliciter Google pour en décrypter les références anglo-anglaises. Une bonne occasion, par exemple, de se familiariser avec l'histoire d'un ancien boxeur proche du milieu de la pègre, mort en 1965 dans des circonstances jamais élucidées (Freddi Mills Is Dead). On se réjouira surtout du fiel qui coule à flot pour assassiner le rock : "I love rock and roll/I hope it never dies/Put it in a time capsule/Put it in a chocolate box/Wrap it up in cotton wool and burry it alive". Attention toutefois, l'expérience nous a prouvé que le rock ressuscitait lui aussi souvent sous les traits de sa propre caricature.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #107


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