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21st Century Man de Luke Haines

chronique d'album
C’est trois fois rien, un petit air de famille entre deux pochettes que seize années séparent, une éternité. Une photo vaguement passée, centrée sur un fond noir, et 21st Century Man prend des allures de New Wave (1993) avant même la première note de glockenspiel. Car glockenspiel il y a, comme aux grandes heures de The Auteurs. À genoux les petits enfants, Luke Haines est de retour. Son quatrième album en solitaire s’ouvre sur une merveille absolue, où les lames de métal font s’envoler quelques notes célestes, perchées au dessus de chœurs, clavier et guitares. Un décor de rêve pour Suburban Mourning, description froide d’une vie à perpétuité dans l’enfer policé d’une banlieue résidentielle (“I’ll live here forever/ I will never ever move/To leave this place will be the last thing that I’ll do").

En quatre minutes, c’est l’un des meilleurs auteurs compositeurs anglais de ces vingt dernières années qui ressuscite sous nos yeux après une décennie chaotique. La suite confirme le retour en forme de Luke Haines, à nouveau capable de trousser des mélodies soignées mises en son avec une élégance parfaite, à nouveau porté par l’envie de raconter des histoires. Avec une verve retrouvée, il évoque Klaus Kinski (“I was born a freak child/Guess I’m Lucky/Men and women want to fuck me), revient par allusions sur le terrorisme des années 70, se met en scène avec un aplomb désarmant sur English Southern Man ou l’ample 21st Century Man

Musicalement, l’album semble rejouer en une grosse demi-heure la discographie parfaite de The Auteurs, passant du classicisme acoustique (Suburban Mourning, Klaus Kinski) à des morceaux plus nerveux et électriques (imparable Peter Hammill), gonflant ses chansons avec une basse énorme, des guitares tordues et des arrangements de cordes (Wot A Rotter, Our Man In Buenos Aires), lâchant les synthétiseurs sur l’énorme Russian Futurists Black Out The Sun, hommage arrogant et admiratif à l’avant garde russe du début du vingtième siècle. Histoire de souligner l’ironie désenchantée du titre, venant de quelqu’un dont les références culturelles, historiques, politiques et musicales sont profondément ancrées dans le siècle dernier. Adresse aux contemporains, inspirée par ses futuristes : “We owe you nothing, just a slap in the face”.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #137


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