Il arrive parfois que le producteur d'un disque soit à peu près aussi important que son auteur, si ce n'est plus. Or donc, la nouvelle est lâchée, la production de The Great Destroyer, le nouvel album de Low, a été confiée à Dave Fridmann. Pour avoir assidûment visité ses merveilles d'architecture gothique flamboyante érigées pour Mercury Rev, The Flaming Lips, Sparklehorse ou Mogwai, on avoue avoir pris peur pour notre cher monastère sis à Duluth, Minnesota. En effet, qu'adviendrait-il des atmosphères cotonneuses égrenées par la guitare et le chant éthéré d'Alan Sparhawk face aux grandes orgues du génie des manettes ? Comment les tambours de Mimi Parker supporteraient-ils pareille (sur)charge ? Distinguerait-on encore la basse élastique de Zak Sally, la clef de voûte indéboulonnable du trio ? Il n'aura pas fallu attendre la fin du premier morceau pour se rassurer. Certes, Low a pris de l'ampleur, mais cette montée en puissance lui va foutrement bien. D'autant que sa musique n'a rien perdu de son pouvoir d'apaisement : un véritable tour de force ! Il faut dire que les trois musiciens n'ont pas fait les choses à moitié, comme si cette future collaboration leur avait inspiré leurs plus belles compositions à ce jour. Entre structure folk et interprétation sadcore, le triumvirat a choisi de ne pas choisir... À la fois Bob Dylan et Joy Division, Low compte parmi les groupes à guitares les plus doués de sa génération, toutes catégories confondues. Et si Mimi Parker partage plus qu'une ressemblance patronymique avec Moe Tucker, c'est l'ombre du Velvet Underground tout entier qui plane sur les auteurs de Christmas. À contrario de ce que son titre pourrait laisser supposer, Alan, Zak et Mimi n'ont pas sombré dans un déluge noisy punk à la My Bloody Valentine, leur aptitude à se réinventer expliquant (en partie) leur longévité. Entre envolées lyriques et comptines à deux voix, les morceaux se succèdent avec une évidence quasi mathématique. Si l'on ajoute que ce huitième Lp possède assurément la plus belle pochette du mois et que la saison (neige et longues nuits) lui sied à merveille, chacun aura saisi l'importance de The Great Destroyer, l'une des plus belles oeuvres de Low.