On raconte qu'en Suède, les groupes de bal ont à leur répertoire les classiques de Neil Young et de Creedence Clearwater Revival plutôt que ceux de La Compagnie Créole et de Michel Sardou. La francophonie ayant ses limites, c'est somme toute logique. Mais la pénétration de la grande musique américaine ne s'arrête pas là. À l'écoute de Log, on se dit qu'à l'époque (une éternité) un groupe comme Codeine a dû en traumatiser plus d'un. Et ce n'est qu'une indication quant à la richesse quasiment miraculeuse de cette musique à la fois forte et rigide mais d'une souplesse toute sensuelle. Dans le sublime, et L'Altra mis à part, on ne voit pas qui, cette saison, pourra fournir de bande-son plus parfaite à cette sérénité vaguement mélancolique et parfois apeurée qui succède généralement à l'union des corps. De fait, on peut décrire précisément cette musique : des morceaux de Spain, la préciosité en moins, quelques arrangements de cordes sobres et soyeux tout droits sortis des premiers disques de King Crimson, quelques restes de saynètes new-wave que ne renierait pas Piano Magic, des perturbations électriques estampillées Neil Young. Et surtout des chansons tristes et lentes, portées par des ascensions de guitares au mercure, les plus belles qu'on ait entendu depuis Bedhead ou Slint. Le mieux est encore de se laisser porter par ce folk polaire, cette échappée essentielle, ce disque unique, bouleversant et déjà indispensable. Comme si le post-rock n'avait jamais existé. Un miracle.