“Vider
les cendriers”. En français, on parlerait sans
doute de racler ses fonds de tiroir. Quelle que soit la métaphore utilisée, le
résultat reste le même : Lloyd Cole s’est mis en tête de publier, en
quatre volumes pléthoriques et cinquante-neuf morceaux, l’intégralité des
démos, faces B, reprises et autres versions rares et inédites accumulées tout
au long de ces vingt années de carrière en solitaire. Comme de bien entendu, ce
genre d’exercice non sélectif conduit nécessairement le bon grain à se mélanger
à l’ivraie, l’indispensable à côtoyer l’anecdotique.
Principalement destinée à l’usage des collectionneurs exhaustifs des œuvres de l’ex-leader des Commotions, cette abondante collection fournit également l’occasion de se repencher plus attentivement sur les phases successives d’un parcours parfois inégal et accidenté, mais globalement placé sous le double signe de l’exigence et de l’intégrité. Ordonnés selon un principe de classement chronologique, les quatre disques finissent par composer un portrait kaléidoscopique et contrasté de l’ancien étudiant en philosophie de Glasgow. Le premier d’entre eux, One Red Wine Glass, est consacré à la période charnière du début des années 90 (1990-1991).
Parti s’installer à New York comme pour mieux s’imprégner de l’esprit de ses idoles de jeunesse, Lloyd Cole se fend d’un hommage aux fantômes qui hantent le Chelsea Hotel pour une jolie reprise de Leonard Cohen et s’acoquine avec Robert Quine (ex-The Voidoids) et Fred Maher (collaborateur de Lou Reed) pour une première série de tubes (Don’t Look Back, No Blue Skies, extrait de l’inaugural Lloyd Cole, publié en février 1990) et de titres moins connus (Mannish Girl, Wild Orphan), où son style velvetien et ses références lettrées font merveille. Les choses se gâtent un peu, il est vrai, à l’orée du deuxième volume. Au cours de ces brèves années de vaches maigres, on perçoit rétrospectivement les tiraillements d’une inspiration piégée entre les fantasmes illusoires du rêve américain et du succès commercial et le classicisme du songwriting à l’ancienne.
Repêchées des sessions de ses deux albums les plus faibles (la moitié non symphonique de Don’t Get Weird On Me Babe, 1991, et surtout le bien nommé Bad Vibes, 1993), les compositions restent toujours aussi joliment léchées, mais s’engluent trop souvent dans des arrangements lourdingues et datés qui siéent bien mal à leur constitution délicate. Cependant, comme en témoigne Dangerous Music, troisième étape de ce bilan, la renaissance est prompte et survient dès 1994. Entièrement dédié aux morceaux accumulés au cours de la réalisation de Love Story (1995), il n’offre quasiment à entendre que des réussites. Épaulé par le fidèle Neil Clark (ancien guitariste de The Commotions) et par Adam Peters, Cole semble définitivement renoncer à ses rêves de cuir, de gloire et de faste pour commencer à définir les sonorités immuables qui resteront, ensuite, celles de son vieillissement confortable et tranquille : une sorte de folk rock boisé et mélancolique, quelquefois rehaussé de cordes, et où les mélodies limpides sont mises en relief par la maîtrise détachée d’une voix de crooner aux accents inimitables.
Désormais lancé sur de bons rails, Lloyd ne traversera plus de vrais moments de faiblesse au cours de la décennie suivante. Malgré quelques répétitions dispensables (deux versions redondantes de Fools You Are, deux reprises, dont l’une en cajun, de If You Gotta Go, Go Now de Dylan), l’ultime bilan consacré aux années 1996-2006 offre, lui aussi, son lot d’instants de ravissement et de grâce (Clairefontaine ou Coattails). On trouve donc de tout au fond des cendriers de Lloyd Cole : quelques filtres de Gitanes à peine fumables, mais aussi pas mal de cigares Havane encore presque intacts. Et même si un tri plus exigeant aurait sans doute permis d’engendrer un seul chef-d’œuvre en lieu et place de cette imposante tétralogie, il aurait été encore plus regrettable de passer l’ensemble de ces résidus par pertes et profits.
Principalement destinée à l’usage des collectionneurs exhaustifs des œuvres de l’ex-leader des Commotions, cette abondante collection fournit également l’occasion de se repencher plus attentivement sur les phases successives d’un parcours parfois inégal et accidenté, mais globalement placé sous le double signe de l’exigence et de l’intégrité. Ordonnés selon un principe de classement chronologique, les quatre disques finissent par composer un portrait kaléidoscopique et contrasté de l’ancien étudiant en philosophie de Glasgow. Le premier d’entre eux, One Red Wine Glass, est consacré à la période charnière du début des années 90 (1990-1991).
Parti s’installer à New York comme pour mieux s’imprégner de l’esprit de ses idoles de jeunesse, Lloyd Cole se fend d’un hommage aux fantômes qui hantent le Chelsea Hotel pour une jolie reprise de Leonard Cohen et s’acoquine avec Robert Quine (ex-The Voidoids) et Fred Maher (collaborateur de Lou Reed) pour une première série de tubes (Don’t Look Back, No Blue Skies, extrait de l’inaugural Lloyd Cole, publié en février 1990) et de titres moins connus (Mannish Girl, Wild Orphan), où son style velvetien et ses références lettrées font merveille. Les choses se gâtent un peu, il est vrai, à l’orée du deuxième volume. Au cours de ces brèves années de vaches maigres, on perçoit rétrospectivement les tiraillements d’une inspiration piégée entre les fantasmes illusoires du rêve américain et du succès commercial et le classicisme du songwriting à l’ancienne.
Repêchées des sessions de ses deux albums les plus faibles (la moitié non symphonique de Don’t Get Weird On Me Babe, 1991, et surtout le bien nommé Bad Vibes, 1993), les compositions restent toujours aussi joliment léchées, mais s’engluent trop souvent dans des arrangements lourdingues et datés qui siéent bien mal à leur constitution délicate. Cependant, comme en témoigne Dangerous Music, troisième étape de ce bilan, la renaissance est prompte et survient dès 1994. Entièrement dédié aux morceaux accumulés au cours de la réalisation de Love Story (1995), il n’offre quasiment à entendre que des réussites. Épaulé par le fidèle Neil Clark (ancien guitariste de The Commotions) et par Adam Peters, Cole semble définitivement renoncer à ses rêves de cuir, de gloire et de faste pour commencer à définir les sonorités immuables qui resteront, ensuite, celles de son vieillissement confortable et tranquille : une sorte de folk rock boisé et mélancolique, quelquefois rehaussé de cordes, et où les mélodies limpides sont mises en relief par la maîtrise détachée d’une voix de crooner aux accents inimitables.
Désormais lancé sur de bons rails, Lloyd ne traversera plus de vrais moments de faiblesse au cours de la décennie suivante. Malgré quelques répétitions dispensables (deux versions redondantes de Fools You Are, deux reprises, dont l’une en cajun, de If You Gotta Go, Go Now de Dylan), l’ultime bilan consacré aux années 1996-2006 offre, lui aussi, son lot d’instants de ravissement et de grâce (Clairefontaine ou Coattails). On trouve donc de tout au fond des cendriers de Lloyd Cole : quelques filtres de Gitanes à peine fumables, mais aussi pas mal de cigares Havane encore presque intacts. Et même si un tri plus exigeant aurait sans doute permis d’engendrer un seul chef-d’œuvre en lieu et place de cette imposante tétralogie, il aurait été encore plus regrettable de passer l’ensemble de ces résidus par pertes et profits.