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Tout d’abord, détricoter le joli storytelling qui habille l’apparition de Little Boots. Déjà éprouvé par Lily Allen, ce bluff de proximité marie web 2.0, girl next door un peu geek sur les bords et chansonnettes jouées au Tenori-On, sorte d’Electribe planquée dans un Télécran –Romain Turzi en est fan. En réalité, Victoria Hesketh n’était pas née de la dernière pluie : des débuts au sein de Dead Disco, trio féminin de Leeds, trois singles et puis s’en vont. Avec en poche le contact de James Ford, moitié de Simian Mobile Disco. Plus intéressant, en revanche, est son patronyme, référence à l’empereur Caligula (petites sandales, en latin), et choisi en hommage au biopic éponyme de Tinto Brass.

Le maître de l’érotisme italien, qui souhaitait réaliser un film “traditionnel”, s’était vu trahi par ses financiers (Penthouse, tout de même) qui avaient inséré des scènes explicites pour pimenter ce récit exubérant. Analogie tentante : la petite Victoria, fausse ingénue, se sera-t-elle fait rouler dans la farine par des producteurs peu scrupuleux, heureux de tenir une poupée de cir(ag)e et de son ? Non : Little Boots se fiche de la scène indépendante comme de son premier gloss, et ne cache pas sa volonté de conquérir les charts. Et le monde, si le temps le permet. En quelques singles accrocheurs, Little Boots est sur le point de réussir son coup : d’emblée, New In Town s’impose comme un bien joli calibrage FM qui séduit les plus exigeants en les prenant à revers.

Puis, la jeune insulaire chausse des bottes de sept lieues pour rejoindre la Munich Machine de Giorgio Moroder (Stuck On Repeat, cime de cet album). Pour le reste ? Little Boots n’a pas choisi la voie la plus simple, et monte les sentiers de la gloire en escarpins. Au sommet, se tiennent fièrement Kylie Minogue et Sophie Ellis-Bextor. Britney Spears titube. En contrebas, les corps démembrés de Lady GaGa et de Cascada. Little Boots manque plus d’une fois d’y sombrer, la faute à des chansons passables (Remedy, Earthquake). Son talon d’Achille reste sa voix, lisse, banale et sous perfusion ProTools. Heureusement, Joe Goddard (Hot Chip) et Greg Kurstin, responsable de plaisirs coupables avec lesdites Kylie, Britney ou encore Donna Summer, mixent ingénieusement ce filet de voix à un grime scintillant ((Meddle) et à une charmante italo disco (Tune Into My Heart, Click).

Arrive ensuite cette drôle de rencontre, lors de la mal nommée Symmetry ; rejointe par Phil Oakey, la blonde patine et se voit renvoyée au rang de choriste, tandis que l’ex-Human League dirige d’une main de fer cette pièce electro pop. Encore un peu justes, ces Little Boots mériteraient de s’assouplir. Mais ne paraîtront-elles pas dépassées la saison prochaine ?
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #132


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