Liquid Liquid

Vu par Magic

Slip In And Out The Phenomenon

archive mag juin 2008
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Objets de convoitises atteignant des prix astronomiques, pièces manquantes d’un passionnant puzzle aux contours flous, mais surtout épiphénomène de la scène new-yorkaise du début des années 80, la triade de mini-albums de Liquid Liquid bénéficie à nouveau d’une réédition agrémentée de quelques beaux inédits. Voici une aubaine à ne rater sous aucun prétexte. Déjà remarqué grâce aux bonnes intuitions de Soul Jazz Records et ses excellentes compilations New York Noise en plusieurs volumes, on peut enfin savoir de quoi on parle quand il s’agit de cette formation débridée de funk primitif et de punk percussif, de jazz minimaliste et de prototechno en chair et en os d’avant le passage au digital et la fonction bien pratique de pilotage automatique. Signé sur le mythique label 99 Records, Liquid Liquid s’apparente à leurs voisines ESG dans une version masculine et blafarde, tribale et rampante. D’ailleurs, ces deux formations ne partagent pas seulement une intuition singulière pour un groove osseux, elles ont eu également maille à partir avec la justice sur des problèmes de droits d’auteur : les premières avec leur mythique UFO samplé à tout-va avec l’éclosion du hip hop, les seconds se retrouvant sans le savoir sur le hit de Grand Master Flash White Lines après le pillage de Cavern. La musique pour Liquid Liquid est un retour vers l’essentiel de l’émotion brute, le battement de cœur étant la pulsation à l’origine de tout : c’était bel et bien le mot d’ordre du punk et de tous les passionnants afters qui lui ont succédé en Europe et aux États-Unis. Car si l’on retrouve dans Slip In And Out The Phenomenon ces structures hypnotiques qui ont contribué à la gloire de Can, c’est surtout dans cette manière de laisser un morceau s’écouler comme un… liquide revigorant, pimenté au tropicalisme d’une époque qui ne parlait pas encore de world music, que les similitudes entre Londres et New York ne manquent pas. Avec un style incantatoire proche de John Lydon, Lock Groove (In) et Lock Groove (Out) sonnent à s’y méprendre comme le jumeau américain du Flowers Of Romance (1981) de PIL, aussi caverneux que fascinant. Construit autour d’une ligne de basse proéminente et des percussions lumineuses et affolées, Optimo donne fabuleusement le tournis, car comme l’affirmaient les Slits “in the begining there was rhythm”. Le punk funk de Liquid Liquid se situe dans un entre-deux caractéristique de cette époque féconde, entre l’expérimental et le dansant aussi bien que dans un métissage blanc et noir, et se révèle finalement plus proche des indémodables A Certain Ratio, Rip Rig & Panic et autres 23 Skidoo que du cacophonique Pop Group de Mark Stewart. De cette voix qui surgit des profondeurs, il est presque impossible d’en comprendre le vocable, c’est juste un instrument comme un autre qui amplifie l’aspect extra-terrestre de ces titres mystérieusement intemporels. Peu connu du grand public, Liquid Liquid se retrouve pourtant dans toute une descendance de groupes à travers les décennies sans qu’aucun ne revendique fièrement un lien de filiation, à part peut-être les Beastie Boys qui les ont sortis du placard une première fois sur leur label Grand Royal en 1997. Des Happy Mondays à The Rapture, c’est surtout Liars qui semble aujourd’hui reprendre le flambeau de ce punk psychotrope en toute dignité : Drums Not Dead (2006) fut d’ailleurs un excellent hommage caché à ces fondateurs éphémères d’une musique aventureuse aux effets réduits mais à l’impact certain, voire dévastateur.

Thomas Bartel

article extrait de :
MAGIC RPM #121


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