Hans-Peter Lindstrøm
s’est fait connaître du plus grand nombre de ses admirateurs avec le maxi I Feel Space (2004). Ceux-là ne seront
pas étonnés d’apprendre que le Norvégien féru de space disco envisageait
effectivement de publier ce qu’il présente aujourd’hui comme son véritable
premier album sous la forme d’une plage unique, longue de près d’une heure.
Finalement consentie, la scission en trois morceaux épiques est donc purement
factuelle. De toute façon, une heure de disco stellaire et contemporaine, c’est
la durée que le prodigue au look de poster
boy choisit de s’offrir ici, au lieu de se l’imposer.
Where You Go I Go Too révèle pourtant une structure qui n’est pas
infaillible, pas plus qu’elle n’est poussive ou complaisante. L’ampleur semble
naître du seul plaisir de jouer : pas de crescendo ingénieux, pas d’issue
lumineuse ou extatique, à peine quelques embardées. Le geste est plutôt
contenu. Avec sa traditionnelle bonhomie, Lindstrøm cherche à conserver une
ambiance sans avoir vraiment à l’esprit le moment de conclure. Un slapping de
basse par-ci, un son de marimbas obtenus aux claviers par là et un break de
près de cinq minutes au cours de la première plage (qui occupe à elle seule plus
de la moitié du disque), typique de celui qui a remixé il y a peu le bien nommé Time To Let Go de Sally Shapiro…
Where You Go I Go Too est de ces disques qui gagnent à être joués
en fin de soirée, voire en début de mâtinée, lorsque le minutage ne compte plus
et que le public dodeline en regardant le soleil se lever. Au lieu de trahir
une servilité à l’égard de Vangelis, il se situe dans la lignée directe du
marathonien et solaire E2-E4 (1984)
de Manuel Göttsching.