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Compte-rendu live - 03/11/10 de Liars

interviews
Et bam ! Après les zolies photos, voici les mots pour accompagner la prestation parisienne de Liars la semaine dernière. [Texte Arnaud Aubry].

Liars à La Machine, jeudi dernier, dans une formule à cinq. Les années passent et le groupe de Los Angeles semble toujours à la pointe de son art : entre pop flingueuse et art-rock programmé pour faire danser, Liars n’est pas venu là pour boire l’eau des pâtes. Mais la soirée commence avec John Wiese. "C’est xp... De la noise quoi !", me certifie-t-on avec science et raffinement. Tout cela ressemble surtout à une bonne vieille supercherie, à du John Cage de pacotille, un Fly Lo sans les contre-points mélodiques. Par contre, niveau sonore, on se rapproche du décollage d’une fusée Ariane. À la fin du set, le public applaudit... Le soulagement certainement. Revenons-en à nous moutons : Liars. La Machine est pleine à craquer et le public est hyper chaudard, tous les éléments sont là pour "casser la baraque", comme on disait du temps où Eddy Mitchell ne portait pas le bouc. Trêve de suspens, le concert sera d'enfer. Une musique qui parle à notre instinct préhistorique.

Peut-être parce qu'Angus Andrew, le chanteur, ressemble à un homme des bois. C'est lui qui fait tout le boulot, saute partout, danse, chante, et module même des trucs avec des p'tits bitoniauds. Le groupe alterne entre accalmies d’une beauté rare et instants d’une extrême violence. Chose inhabituelle que l’on retrouve aussi chez Deerhunter : la cohérence des compositions qui passe le filtre du temps et des aléas discographiques. Sur scène, la musique de Liars prend tout son sens hors de son contexte originel : peu importe si le morceau est issu du premier, deuxième, troisième ou quatrième album, on entend du Liars. Bien sûr, chaque chanson possède sa propre idiosyncrasie, son petit truc en plus, mais jamais elle ne se délaisse de cet instinct si particulier de furie, de cendres et de célébration mystique. Sans déconner, ça bouge pas, c’est carré, les chœurs sont impecc'. On sent que les mecs ont du métier. C’est d’ailleurs sur ce seul point que les grincheux peuvent déverser leur bile : le métier. Liars, un groupe de vieux ?



À un moment, on peut entendre un jeune homme dire dans la salle : "Liars, c’est les nouveaux Radiohead !". C’est particulièrement vrai pour les deux premières chansons du concert, issues du dernier album Sisterworld. C’est vrai aussi parce que Liars, à l’instar de Radiohead, représente un moment clé dans l’histoire sonique, une figure qui a influencé de nombreux groupes après lui.  Liars, groupe phare des années 2000, se serait-il fait rattraper par ses propres enfants métaphoriques ? L’avant-garde qu’il a toujours voulu représenter est-elle toujours si en avance que ça ? Qu’importe parfois la théorie, puisque la musique demeure un art de la sensation ; l’énergie des concerts de Liars demeure inégalée. Leur bruitisme est total, rassemblant en un seul set toutes les émotions, assommant le public de manière scientifique, morceau après morceau.

Angus, avec sa moustache à la Nick Cave, et ses potes de derrière (batterie, basse, guitares, claviers) envoient la sauce. La fosse est en transe, des filles slamment, les journalistes en perdent leurs lunettes. Pour les (deux) rappels, les New-Yorkais reviennent à trois, comme avant. Le son est plus rêche, plus simpliste, plus direct, mais pas forcément meilleur. Les quelques voix qui s’élèvent en méprisant le format quintette de la bande me semblent un peu dur (de la feuille). Liars sera toujours Liars, même s’ils embauchaient une fanfare et un orchestre symphonique. Le dernier des derniers morceaux est une ballade. Le batteur au clavier, les cœurs chavirent. On ressort un peu abasourdi du concert, un peu sourd aussi. Groupe de vioques ? Non, pour eux aussi, la retraite n'a jamais semblé aussi lointaine. Mais pour le coup, c'est tant mieux.
Arnaud J. Aubry


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