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Sisterworld de Liars

chronique d'album
Déjà trois ans qu'on l'attendait, cc cinquième album de Liars. Ce qui semblait n'être au départ qu'un phénomène arty new-yorkais de plus (They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top, 2001) s'était mué, en deux disques retors et impressionnants – They Were Wrong, So We Drowned (2004) et l'inépuisable Drum's Not Dead (2006) –, en l'une des formation majeures de la décennie. De celles dont on attend une révolution à chaque livraison. Une mission ignorée par Liars (2007) qui, comme son titre l'indique, prenait le parti d'un rappel poppisé des forces en présence, par ailleurs édifiant.

C'est ainsi qu'on entame Sisterworldà la fois fébrile et avide de découvrir s'il est de taille à propulser ses auteurs dans les années 10. Aujourd'hui encore, donc, une révolution a eu lieu. On parle ici et là de l'inspiration des nuits citadines ou de repli dans la campagne, mais, comme souvent, les origines éclairent peu. Par-delà des questions de méthode, la musique du trio devenue si naturellement ample qu'il a pu ralentir son pouls, et atteindre ainsi d'autres zones dangereuses. Le détachement dont il fait preuve face à ses innombrables influences (krautrock, shoegazing, post-punk, drone, complétez par vous-même) lui permet d'imaginer des climats uniques, bourrés d'épines et pourtant immédiatement enivrants.

Ceux-ci ne révéleront toutefois leur sensibilité grinçante et transie (l'arrivée essentielle de cordes) qu'au fil des écoutes, ce qui est la moindre des choses pour un disque d'avant-garde rock digne de ce nom. Ne dévoilons donc pas plus dans le détail la teneur de Sisterworld, histoire de ne pas réduire par les mots la portée de ses expériences sonores. Disons simplement qu'on lui garde une place au chaud dans nos petites listes maniaques de 2010.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #140


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