Biographie
[NB : Cette bio parfaite a été honteusement chipée à l'ami Marc Gourdon] : L'an dernier, l'actualité du
multi-instumentiste Jean-Sébastien
Nouveau, était la sortie du deuxième album de son groupe Immune. Bien accueilli, Not
Until Morning (2008) distillait des mélodies mélancoliques mêlant
habilement jazz, post-rock et électronique délicate, un éloge de la lenteur,
onirique, entre Mark Hollis et Hood… Très vite, le Lyonnais aura cependant
envie d'aborder sa musique sous un autre angle, plus tendu, plus intense, où
orgues et batteries seraient centrales. En chemin, l'ami et batteur Jonathan Grandcollot, viendra
renforcer la densité de la matière. Le thème de l'album s'imposera de
lui-même, suite à la visite du musée d'Art Brut de Lausanne et la découverte
capitale de l'œuvre d'un certain Henry Darger (1892-1973), un
solitaire qui travailla toute sa vie dans les toilettes d'un hôpital de
Chicago. À sa mort, on trouva dans sa chambre, Realms Of The Unreal, une espèce de bande dessinée en 13 volumes,
faite de grandes aquarelles naïves et hallucinées, narrant l'épopée de The
Vivian Girls, sept sœurs nubiles à la tête d'une révolte sanglante contre les
adultes marchands d'enfants ! Lost Lost Lost en est directement
inspiré. Restait à trouver un chanteur… Si beaucoup de choses négatives ont été
dites au sujet de la nébuleuse Internet, il n'empêche qu'elle permet des
rencontres qui n'auraient jamais eu lieu autrement. Admiratif de la musique à
fleur de peau des Américains Minus
Story et plus particulièrement de leur quatrième Lp, No Rest For Ghosts
(2005), sans trop y croire, Jean-Sébastien contactait le chanteur Jordan Geiger et lui proposait de
prêter sa voix à des compositions, imprégnées de la fascinante ambiance qui
se dégage de l'œuvre de Darger - cette façon d'aller du rêve au cauchemar et
du paisible à l'oppressant -, finalement assez proche de l'univers de Minus
Story… À sa grande surprise, la réponse de l'Américain est positive. Tels des
fantômes numériques, des voix et des instrumentaux vont alors voyager sur la
toile et faire de nombreux allers-retours. Ensuite le trio se trouva un nom :
Les Marquises, en écho à
l'éloignement d'un artiste dont personne n'avait franchi la porte avant sa
mort et à celui que choisit Jacques
Brel, attendant la sienne, dans
ces îles polynésiennes d'où il composa d'ailleurs l'ultime Les Marquises (1977) - un autre disque
que Jean-Sébastien a beaucoup écouté, pendant la phase de conception. Enregistré à la maison, avec les moyens
du bord et le renfort d'une poignée d'amis, Lost Lost Lost a lentement pris forme, puis, comme un spectre
sortant de brumes mélodiques, s'est matérialisé. Dès les premières mesures de
l'orageuse, Only Ghosts, on est happé par un tourbillon de batterie
entêtant, par le timbre particulier de Geiger qui sonne comme Edgar Allan Poe
réincarné en Thom Yorke et par ces cuivres qui divaguent et s'étranglent,
rappelant l'énergie et la folie de l'Escalator
Over The Hill (1971) du Jazz
Composer's Orchestra tandis que les textes renvoient à l'ambiance malade de The Hapless Child (1975), du
trompettiste autrichien Michael Mantler (avec Robert Wyatt) sur les contes
tordus et cruels d'Edward Gorey (Sound And Fury, Carnival
Of Lights). Comme dans un film de Tim Burton, ici, la noirceur est
savoureuse, le malaise agréable. Tout aussi éloquents que les chansons, les
deux instrumentaux de l'album, sont traversés de crépitements, griffures et
crachins numériques (La Terra Trema) ou souligné de
cordes lancinantes et fiévreuses (Comme Nous Brûlons). Aux
frontières de l'ambient, ils sont disposés en forme de respiration, invitant
l'auditeur à laisser son imagination errer dans ces paysages sonores touffus
et peut-être aussi, filer sur la toile pour faire connaissance du travail de
l'iconoclaste en visitant ce site dédié. Faisant l'habile synthèse de la pop
atmosphérique d'Immune, avec celle plus écorchée de Minus Story, cette
mouture dont les nuances (free)jazz sont à la hauteur de l'aliénation
poétique de Darger, se pose d'ores et déjà comme la plus délicieuse manière de
se sentir Perdu, Perdu, Perdu dans un environnement musical aventureux
et exigeant, qui, en revanche, ne vous perdra pas en chemin !
A voir ailleurs :