Son premier album, Like Weather, avait été honteusement passé sous silence par les distributeurs nationaux malgré une presse unanime. Il est vrai que Rephlex, le label d'Aphex Twin, qui a découvert Leila et l'electro vintage de DMX Krew, n'a jamais montré des signes d'expan-sionnisme délirant. Oubli réparé, le deuxième album sort en grande pompe sur le label de Prodigy, et confirme le talent de compositeur et de producteur très personnel de cette Iranienne émigrée en Angleterre, dont la soeur Roya a illuminé de sa voix son premier album et celui d'Archive. Et toutes les composantes caractéristiques de l'univers étrangement inquiétant de Leila sont réunies comme ses saynètes d'electronica instrumentales à la douceur perverse, effilées par des scratches crissants comme des ongles sur du métal (Do You Got Time), un orgue christique (Young Ones) ou de ritournelles pour BO d'épouvantes bien malsaines (Googgush, So... Jazz). Mais c'est surtout son rôle de tête chercheuse infatigable dans la redéfinition de la soul urbaine qu'on apprécie, et, au contraire d'un Massive Attack, qui n'en tire que la pulpe chic et ouaté, Leila en corrode les parois (Sodastream, To Tell A Lie, To Win Her Love) avec le chanteur Luca Santucci, prétendant sans adversaire au sceptre de Marvin Gaye du prochain millénaire. Même si, globalement, cela reste un peu crypté, elle fait avancer le schmilblick et l'on ne la remerciera jamais assez.