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Alas, I Cannot Swim de Laura Marling

chronique d'album

Laura Marling affiche fièrement ses dix-sept ans, une voix étonnante de maturité et des chansons très abouties. Doit-on se féliciter d’une telle aisance ou déplorer les accents parfois ronronnants d’une pop folk certes jolie mais à laquelle il manque ce petit quelque chose qui la dégagerait du milieu de la route où une écriture et une instrumentation tout en rondeurs ont tendance à l’emmener naturellement ? Dans le doute, félicitons-nous. Car la jeune Londonienne sait trousser des mélodies limpides et les porter d’un chant assuré, à l’épaisseur légèrement brisée, voire feuilletée, mais jamais tarte, tout juste un peu trop sucré sur des ballades qui abusent de l’antédiluvienne association de la guitare acoustique et des cordes romantiques (Tap At My Window ou Failure donnent au début de l’album un côté  précieux). Quand leur pouls s’accélère un peu, les chansons de Laura Marling sont irrésistibles. Porté par une rythmique sèche, tout semble tomber à sa juste place sur les formidables You’re No God ou Cross Your Fingers : le glockenspiel, les chœurs, les cordes fiévreuses en arrière-plan. La chorale d’hommes aux voix patibulaires et la trompette de la miniature Crawled Out Of  The Sea imposent enfin une patte originale, un petit grain de folie bienvenu, prolongé plus loin sur l’hypnotique The Captain And The Hourglass, magnifique rengaine de pirates qui évoque une déclinaison urbaine et sophistiquée de l’immense Alela Diane. C’est sur ce terrain plus accidenté que l’on attend Laura Marling, d’avantage que sur celui, confortable et balisé, de la ballade adulte et moelleuse qu’une jeune femme de son âge ne devrait pas s’autoriser.

Vincent Théval
MAGIC RPM  #119


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