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Nixon

archive mag février 2000
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Osons l'affirmer d'entrée : Kurt Wagner est le compositeur américain le plus sous-estimé de sa génération. À quarante ans et quelques, l'homme semble définitivement condamné à l'ombre de Nashville, où il vit depuis sa plus tendre enfance, à écrire ses précieuses chansons, plutôt qu'à les jouer à la lumière des salles de concert ou à s'exposer à la une de la presse musicale. Pourtant, depuis 1994 et la découverte stupéfiante de l'essentiel Jack's Tulips, on attend chaque nouvelle livraison de cet artisan (il est menuisier dans le civil), qui s'est réapproprié les canons d'un genre qu'il a fait sien ce fameux "nouveau son" de Nashville , avec la même impatience, totalement convaincu de son talent depuis son tout premier 45 tours, le séminal Soaky In The Pooper. Taillées dans le bois des guitares et accompagnées d'un orchestre d'une dizaine de musiciens (cornet, orgue, pedalsteel, piano, saxophone baryton, trompette, vibraphone...), les chansons de Lambchop sont souvent la promesse de lendemains qui déchantent. Parce que Kurt Wagner est de ceux qui "apprennent tellement plus des pires emmerdes que des moments de joie". Ça tombe bien, nous aussi. Osons l'affirmer maintenant : Nixon est le disque que les Tindersticks ces cousins d'Angleterre auxquels Lambchop a été le plus souvent affilié rêvent d'enregistrer. En dix titres, ce sixième album condense et magnifie tout ce qui faisait l'excellence des précédents : la somptuosité crépusculaire de Jack's Tulips, la prodigieuse limpidité de How I Quit Smoking, la chaleur boisée de Hank, la rusticité sincère de Thriller et la douceur vénéneuse de What Another Man Spills. Ici, la country se pare de ses plus beaux atours et propose un nuancier de couleurs d'une rare subtilité et d'une cohérence soignée, conjuguant le meilleur de Lee Hazlewood (Grumpus), de Leonard Cohen (The Distance From Her To There et ses accents morriconiens en sus) et de Burt Bacharach (You Masculine You). Dédié à l'ancien président américain déchu Richard Nixon, l'album s'ouvre par une longue promenade bucolique (The Old Gold Shoe), sublimée par le timbre de velours et les mots enveloppants de Kurt Wagner. Un jour, quelqu'un a très justement écrit à propos de sa voix qu'"elle flotte à travers la pièce depuis les baffles comme si elle avait traversé un champ et suivi le cours d'un ruisseau". Entre soul ivre de violons (The Book I Haven't Read, avec un emprunt au bouleversant Baby It's You de feu Curtis Mayfield), rock à la "coule" (What Else Could It Be?), gospel enjoué (Up With People, porté par les choeurs du Bobby Jones Gospel Singers) et ballades tremblées (Nashville Parent), ce disque captivant, chaleureux et frissonnant est un véritable enchantement, ponctué des impressionnantes envolées symphoniques du Nashville String Machine. À l'image du destin de Nixon l'homme par qui le scandale du Watergate arriva , l'album prend sur la fin une tournure dramatique, le temps d'un swing alangui (The Petrified Florist) et d'un folk bastringue (The Butcher Boy). Osons l'affirmer enfin : un homme qui a choisi d'appeler son groupe "côtelette d'agneau" sans prêter le flanc à la critique force le respect.

Franck Vergeade

magazine num 38 article extrait de :
MAGIC RPM #38


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