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Depuis quelques années maintenant, on suit Labradford à la trace. Chacun de ses disques est un événement, et celui-ci ne déroge pas à la règle. En six morceaux, le groupe revisite notre thème préféré : le minimalisme le plus intense, assorti d'une floraison d'ambiances que l'on croirait tout droit sor-ties de Paris-Texas, le film de Wim Wenders. Plus économe, le groupe a définitivement remisé au placard ses premières armes : feedback, noiseries, isolationnisme... E Luxo So se déroule devant nos oreilles comme un livre que l'on aurait du mal à lâcher et que l'on se surprendrait à parcourir encore et encore. À force d'épurer ses boucles et de réduire les couches instrumentales, Labradford se réinvente quelque part entre Wim Mertens, Felt époque Cherry Red, Michael Nyman et Christoph Heeman. Ici, on entend un piano et des cordes, qui soudain s'interrompent pour laisser place, deux secondes durant, à des bruits de portes, de pas et de soupirs. Chez Labradford, la musique n'est jamais détachée du monde. Là, on entend au loin des samples rythmer la vie. Tout à coup, on se rend compte que l'on ne peut plus rien écouter d'autre. Cet album est un baume, un bonheur, une plongée sans fin, pour tomber amoureux, enfin, de la naissance du monde.
Joseph Ghosn
MAGIC RPM  #30
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